Ma résolution pour 2019, ce n’est pas de mieux manger, ni Le Pacte, ni de faire plus de sports. C’est un audacieux plan pluriannuel, que je documenterai dans ce blogue… mais que je vous présenterai seulement dans mon deuxième billet, après un long préambule! D’ailleurs, j’espère que je ne perdrai pas trop de lecteurs d’ici là, parce que j’ai un « petit » problème de concision, comme vous pourrez vite le constater…

En 2017, notre devise familiale était : « En 2017, mange ce qu’il y a dans ton assiette! » Évidemment, nous l’avons servie abondamment à notre progéniture qui fait trop souvent la fine bouche à table, dans l’espoir que les filles cessent enfin de se plaindre et s’ouvrent aux nouvelles saveurs… Mais cette devise peut aussi être servie à toutes les sauces dans la vie en général. Manger ce qu’il y a dans l’assiette, c’est se satisfaire de ce qu’on a, trouver que cela est rassasiant, en être reconnaissant. S’entraîner à ne pas toujours vouloir autre chose que ce qui nous est présenté… mais aussi cuisiner soi-même ce qu’on a envie de voir dans l’assiette. Trouver l’équilibre entre goûter ce qu’on nous offre, et imposer ses goûts. C’est aussi s’élever contre le gaspillage, dont nous nous rendons tous coupables bien trop souvent, et pas que dans le domaine alimentaire, que ce soit en rendant les armes à la moindre défaillance ou en se montrant intransigeant…

Bref, c’est une métaphore formidable, qui peut être filée à l’infini, et j’aime beaucoup les métaphores filées! (Un jour, quand j’étais au Cégep, une prof de français nous avait demandé, au premier cours, d’écrire un court texte sur la culture, pour évaluer notre niveau en français. Et moi d’en beurrer épais avec une métaphore agricole dont je ne me souviens plus les détails. Au moment de remettre les copies, la prof m’avait pour ainsi dire dévisagée, avant de déclarer solennellement que j’avais « un talent certain pour la métaphore filée »… À ce jour, je ne sais pas encore si c’est parce qu’elle avait trouvé ça très ridicule ou réellement intéressant, mais cela m’avait valu d’être surnommée à l’occasion « la reine de la métaphore filée » par des camarades de classe.) (Bonjour, je m’appelle Véronique et je suis accro aux longues parenthèses.) Mais revenons aux devises : on n’a jamais vraiment réussi à trouver quelque chose d’équivalent pour 2018… une annus semi-horribilis. Une midlife crisis un peu précoce (à moins que son timing ne laisse présager que ma retraite ne sera pas longue…) cachée sous des accomplissements étonnants. D’la marde avec un peu de brillants. Le mieux que j’ai pu trouver comme devise, et encore, seulement très récemment, c’est : En 2018, évite la fuite. Bon… ça laisse une très grosse marge d’amélioration pour 2019! Pour simplifier la chose, je pourrais trouver quelque chose de permanent, qui n’aurait même pas besoin de rimer avec un chiffre! D’ailleurs, les ancêtres paternels de ma tendre moitié avaient une telle devise qui se transmettait de génération en génération : « Tout bien ou rien. » Je pense que j’ai ri/pleuré pendant plusieurs heures lorsque je l’ai appris. Il faut savoir que si une de nos filles appelait à grands cris son père en lui disant « Je m’ai cassé la cheville », il lui demanderait probablement d’abord de corriger sa phrase avant de lui porter secours. Tout bien ou rien.

Mais je m’égare, revenons à 2018. J’ai l’impression d’avoir fini l’année comme un cellulaire à 1 %. À me demander constamment si j’allais réussir la prochaine affaire inscrite au calendrier. À subir le bon comme le mauvais. À être épuisée même si (et un peu parce que) ma job est pas exigeante. Mais ma métaphore est même pas bonne parce que ça m’a pris bien plus que 1 % pour faire ce que j’ai fait. Disons que j’étais comme un vieil iPod de 2012 : tu peux le brancher toute la nuit, ça va quand même juste te donner une micro-charge, alors t’as intérêt à gérer l’énergie comme il faut. Je me revois, tout récemment, quelques minutes avant d’entrer sur scène pour un concert qui durait 2h30, habillée en mou, manquant de volonté pour enfiler ma robe de concert… puis finalement me changer et livrer une performance honorable, malgré le niveau d’énergie qui me semblait sous zéro, comme la température dans l’église par ailleurs. Quand y en a pu, y en a encore…

C’est que l’année avait commencé avec beaucoup d’insatisfaction. Professionnelle, personnelle, familiale, conjugale… J’étais due pour un grand ménage intérieur! Mais comme quand j’étais ado et que ma mère me demandait de ranger ma chambre de fond en comble, ça prend une phase de bordel transitoire qui semble pire encore que l’état initial. Alors il me fallait prendre le taureau par les cornes. 2018 nous aura coûté cher en consultations psychologiques, à toute la famille… Enfin, je dis cher… on a des assurances quand même, alors en réalité, ça nous aura surtout coûté cher en temps et en énergie.

Mais le grand ménage commence à donner des résultats. (Au figuré seulement; au propre, notre maison est sale comme toujours – je suis tentée de dire que j’ai lâché prise là-dessus, ça aurait l’air presque louable, mais la vérité, c’est que je n’ai jamais eu de prise là-dessus…) Et d’ailleurs, le ménage aussi (surtout dans une maison avec des enfants!), c’est une belle métaphore de la vie : quand tu penses que t’as fini, c’est déjà à recommencer! Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage…

En même temps, sur l’échelle de la misère humaine, je suis bien consciente que je score pas ben ben haut! Même dans la catégorie « first world problems », c’est garanti que je fais pas le top 100! Récemment, j’ai été faire un petit concert de Noël dans un refuge pour femmes en difficulté (euphémisme pour « femmes sans-abri »). Une femme me parlait de ses problèmes de santé mentale, de ses démêlés avec la police et la justice, de ce refuge inespéré qui lui offre de la bouffe, un toit, des services et des ressources… pour 6 semaines. En parlant avec d’autres, j’ai constaté que ces femmes avaient souvent le « choix » entre rester dans une relation toxique avec un conjoint violent ou y mettre un terme et se retrouver à la rue. Ça m’a bien remis ma crise existentielle en perspective, et disons que je me suis bien gardée d’évoquer ma propre santé mentale…

Au final, on n’est pas dans un concours où le malheur des uns doit se mesurer à celui des autres. Sans perdre de vue le fait que je suis incroyablement privilégiée dans la vie, comme la plupart des gens que je côtoie, ça se peut, quand même, que j’aie trouvé mon année pénible. Peut-être que si je ne suis pas super satisfaite de mon sort, c’est parce que mes attentes sont élevées. Soit. J’ai aussi les ressources nécessaires pour faire les changements requis.

Vous vous demandez sans doute pourquoi j’écris tout cela… C’est beaucoup parce que j’aime écrire, évidemment, mais aussi un peu pour m’en souvenir. Dans 10 ans, si Facebook me ressort des publications de 2018, je me rappellerai qu’en février, j’ai eu la chance et le bonheur de jouer la Passion selon Saint-Mathieu à la Maison symphonique; qu’en septembre, j’ai joué une nouvelle version de l’Oiseau de feu en canon (!) sous la direction de Kent Nagano et j’ai commencé un certificat en droit (que je ne finirai jamais, mais qui m’a néanmoins renseignée sur ce que je pourrais avoir envie de faire… et de ne pas faire); qu’en octobre, j’ai adoré découvrir Londres; qu’en novembre, j’ai joué sans trembler l’Aria des Variations Goldberg et l’Étude révolutionnaire à Roy Thomson Hall; qu’en décembre, j’ai joué mon premier Messie, monté en trois répétitions. (Coudonc, j’ai fait beaucoup de musique en 2018… Ça aura un peu été ma bouée de sauvetage.) Mais il faudra aussi que je me souvienne des matins où je me suis levée trop tôt, contre mon gré, parce que je peinais à trouver une seule bonne raison de le faire; des fois où j’ai sérieusement pensé à aller me faire faire un p’tit papier chez le médecin, avant de me raviser parce que quand même, une chance de faire un concert à Toronto, ça ne se présente pas souvent dans une vie de musicienne amateure; de l’apathie, du grattage de bobo, du découragement, des larmes, de l’impatience, des absences…

Me souvenir que ça ne m’a pas tuée et qu’au bout du compte, je suis quand même un peu fière de mon année de marde : elle me donne une solide fondation pour que les suivantes soient tout sauf plates.

Au prochain épisode : présentation officielle du blogue et de mon plan semi-audacieux pour en finir avec la lassitude professionnelle!

3 réflexions sur “Préambule

  1. Des fois, les années de marde s’avèrent bonnes au final. On le voit rarement quand on a le nez dedans, mais je sais pas pourquoi, mais j’ai une entière confiance en tes moyens belle Véronique…
    PS: J’ai déjà hâte au prochain texte xx

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