Je disais donc… Ayant eu une petite crampe au cerveau, incapable de digérer une petite frustration passagère, j’ai décidé d’aller terminer mes études collégiales en musique, au Conservatoire, que je fréquentais depuis 6 ans déjà. Avec le recul, je peux le dire : ce n’était pas l’idée du siècle (ni celui qui se terminait, ni de celui qui allait bientôt commencer)! Je dirais que c’était plutôt une idée de marde!

Ce n’est pas que j’étais persona non grata au Conservatoire, mais je n’y étais pas vraiment grata non plus… Revenons un peu sur les circonstances de mon admission : un peu avant mes 10 ans, sur les traces de mon aînée qui m’avait précédée d’un an, je me présente à l’audition et aux tests (je me souviens de la dictée… ça commençait avec une voix… puis deux… puis trois!?!, et là j’avais sûrement l’air d’une biche éblouie sur l’autoroute). J’offre une performance suffisamment convaincante (compte tenu de mon âge, j’imagine) pour qu’on m’accepte; à ce jour, j’en suis encore étonnée.

Je n’ai jamais considéré que j’avais un talent exceptionnel… et pour être honnête, mon attitude était vraiment loin d’être exceptionnelle, aussi. J’avais des mains relativement agiles, une bonne compréhension des structures musicales, une belle polyvalence, vu que je jouais déjà de trois instruments (oui, la flûte à bec, ça compte)… Mais une méthode de travail assurément douteuse, et comme je l’ai déjà mentionné, je jouais comme un robot. À cette époque, l’amplitude des émotions que je m’autorisais à vivre oscillait entre un-peu-contente et un-peu-pas-contente. On va se le dire, ce n’était pas un terreau très fertile pour de grandes interprétations musicales.

Deux hypothèses : soit ma technique était suffisamment solide pour que les professeurs y entrevoient de belles promesses (et si je me souviens bien, j’avais joué du Rameau à mon audition, ce qui a pu rendre moins évidentes les limites de ma palette interprétative), soit j’ai été admise au Conservatoire principalement parce que j’étais la soeur d’une enfant prodige! J’exagère un peu, mais… sérieusement, j’ai revu récemment une vidéo de cette époque, et j’ai vraiment du mal à croire que ce serait suffisant pour entrer dans une institution d’élite. Ça serait un peu niaiseux qu’ils m’aient acceptée parce qu’ils pensaient que je serais aussi bonne que ma soeur… La musique, c’est quand même pas mal compétitif comme milieu, alors quand t’es même pas le meilleur musicien dans ta famille, c’est déjà un indice que ça risque d’être difficile. Mais peut-être qu’ils voyaient le verre à moitié plein et espéraient une dynastie! (Ma soeur cadette a été acceptée également quelques années plus tard… Je ne les avais pas encore assez déçus!)

En tout cas, peu importe l’hypothèse retenue, je pense qu’on peut dire que j’ai été une déception monumentale pour ceux qui m’ont admise. Sans être une mauvaise élève, je n’avais tout simplement pas le bon casting pour une école d’élite qui vise à former des musiciens de premier plan. J’étais une généraliste (une bébé généraliste!) dans une institution qui forme des spécialistes. À un tel point que la polyvalence y était presque découragée. Il m’aurait fallu choisir un instrument et m’y consacrer sans partage. Ce que je n’ai pas fait. Et je me félicite de ne pas l’avoir fait, parce qu’au final je suis contente de la polyvalence que j’ai développée.

En secondaire 4, à ma cinquième année dans cette vénérable institution, j’avais dit à mon professeur (qui par ailleurs était un musicien incroyable, qui pouvait jouer plus de notes et mieux avec sa seule main gauche que je ne pourrai jamais le faire avec mes deux mains, mais qui n’était pas nécessairement un bon prof pour une enfant) que j’envisageais de poursuivre mes études en musique (c’était juste avant Chimie 534 et le DEC intégré!), et ça ne l’avait pas du tout enthousiasmé… Je le comprends : j’étais distraite pendant mes leçons (je contemplais les affiches sur les murs de son local; un jour, je suis arrivée à mon cours et il n’y avait plus rien sur les murs…), je mettais un temps fou à apprendre mes pièces… Je finissais toujours, dans mes examens de fin d’année, par offrir une performance acceptable, mais jamais renversante. L’institution me tolérait sans vraiment m’encourager. Mais on ne réalise pas ça, quand on a 14 ans. Et pas plus à 16 ans! Alors même après avoir changé d’idée, puis rechangé d’idée, même si personne ne me voyait vraiment faire une carrière en musique, même si je ne m’épanouissais pas pantoute au Conservatoire, je suis retournée y poursuivre mes études à temps plein, comme si c’était un bon second choix.

Ajoutons à cela que j’étais introvertie et que je rejoignais en milieu d’année mes nouveaux camarades de classe ayant déjà fraternisé… que j’étais exemptée de plusieurs cours (j’avais obtenu des équivalences pour certains cours suivis dans le programme musique-études au secondaire; j’avais déjà terminé le programme de formation auditive, ayant commencé très tôt) et que je n’avais pas eu la drive de demander qu’on m’inscrive à d’autres cours pour être plus stimulée… et ça donne la recette parfaite pour une longue année et demie de désoeuvrement, de solitude et de déprime, marquée notamment par un événement traumatisant qui aura droit éventuellement à son propre billet.

Notez que je ne dis pas ça pour faire porter le blâme à quelqu’un… Ni le prof, un humain formidable, ni l’institution, qui remplit bien sa mission de former (presque gratuitement, à l’époque) des musiciens de haut niveau, ni mes parents, qui m’ont encouragée de toutes les façons possibles. J’aimerais bien le porter moi-même, à vrai dire, mais ça serait un peu vain de m’en vouloir de ne pas avoir eu la lucidité de constater que ce n’était pas un bon endroit pour moi. J’étais à un âge où il est de bon ton d’errer…

Finalement, j’ai réalisé je ne m’imaginais pas passer ma vie à bouger mes doigts sur un clavier pendant des heures chaque jour, souvent seule, alors j’ai décidé de quitter le Conservatoire aussitôt mon DEC obtenu. Pour faire quoi? Aucune idée. J’allais d’abord voyager, puis étudier mes options ensuite… Si j’avais su que je finirais par bouger mes doigts sur un autre type de clavier pendant 8 heures par jour… j’aurais peut-être analysé la situation sous un autre angle! J’aurais peut-être envisagé de m’épanouir musicalement ailleurs… pour devenir pédagogue, me spécialiser en violon baroque, ou que sais-je encore?!

Mais tout n’est pas perdu! Si j’ai parfois quelque regret de ne pas avoir poursuivi mes études musicales ailleurs, je suis quand même fort contente de ma « non-carrière », qui comporte beaucoup des avantages et du plaisir (et parfois même davantage!) d’une carrière musicale, sans quelques-uns des inconvénients… Je vous laisse sur une photo de mon plus récent concert, qui selon les critères prédéfinis, fut sans aucun doute un triomphe!

Au prochain épisode : the gap year, première partie

23 mars 2018, Maison symphonique. Personne dans l'orchestre ne semble jouer, sauf les percussionistes; les choristes et solistes sont actifs; j'ai l'air concentrée... j'en conclus que cette photo a été prise pendant LE mouvement de Carmina Burana qui m'a causé tant de difficultés, et que nous n'avons jamais réussi à jouer... sauf aux deux concerts! Merci à l'incroyable et généreux Jean-Paul Desjardins pour la photo!
23 mars 2018, Maison symphonique. Personne dans l’orchestre ne semble jouer, sauf les percussionistes; les choristes et solistes sont actifs; j’ai l’air concentrée… j’en conclus que cette photo a été prise pendant LE mouvement de Carmina Burana qui m’a causé tant de difficultés, et que nous n’avons jamais réussi à jouer… sauf aux deux concerts! Merci à l’incroyable et généreux Jean-Paul Desjardins pour la photo!

3 réflexions sur “La saga des mauvais choix, ép. 3 – Le Conservatoire

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