On ne saura jamais ce qui s’est passé dans la nuit du 6 au 7 avril 2019. Les témoignages ne concordent pas.

Le témoin numéro 1, appelons-la la femme, couchée à une heure raisonnable après une soirée sans excès, a entendu sonner à la porte au milieu de la nuit. Vu son état de nudité et le caractère complètement inusité et inopportun de la chose, elle n’a pas jugé bon de se lever. Mais, voyant le témoin numéro 2 (appelons-le l’homme) se lever, enfiler un pantalon et se diriger vers la porte, elle a tout de même cru bon d’étirer le cou pour regarder par l’embrasure de la porte de la chambre, pour voir ce qui se tramait dans l’entrée. Avant que l’homme atteigne le vestibule, la femme a vu quelqu’un y entrer. Un intrus, relativement jeune, de taille moyenne, avec des cheveux longs, des vêtements vert foncé et un sac à dos. Voulant faire sentir sa présence, la femme dit « dégage! », ce à quoi l’intrus répond « OK, oui, bonne idée! » avant de sortir sans demander son reste. Par la fenêtre de la chambre, à travers la clôture Frost du cimetère (et ses barbelés), la femme voit passer à vélo un suspect, qui semble cette fois porter une guitare sur son dos. Après quelques questions de circonstance (Qui donc a une copie de nos clés? Pourquoi un voleur sonnerait-il avant d’entrer dans une maison habitée, la nuit?), l’homme se rendort… pas la femme.

Quelque temps plus tard, la femme insomniaque se demande si tout cela est vraiment arrivé. Dans le doute, pas le choix de réveiller l’homme pour vérifier, malgré que celui-ci se soit couché très tard avec possiblement quelque relent d’alcool dans le sang. La version du témoin numéro 2 est un peu floue : il se souvient vaguement s’être levé pendant la nuit pour vérifier si la porte était bien verrouillée, après avoir rêvé que quelqu’un jouait avec la serrure. L’homme affirme que la porte était bel et bien verrouillée, ne se souvient pas d’avoir vu qui que ce soit, et prétend que la femme dormait au moment où il s’est recouché. Les révélations de la femme l’étonnent au plus haut point. Mais il se rendort, laissant de nouveau la femme avec ses questionnements.

D’autres réminiscences de la nuit refont surface. Avant l’intrusion, la femme a rêvé qu’elle entrait dans une cabine (dans un pays chaud), où ses valises étaient empilées pêle-mêle. Croyant à un vol, elle soupçonne Alex Harvey (avec un bâton de ski de fond, dans la cuisine), qui, tout sourire, prétend que rien n’a été volé, puisque tout est encore dans la cabine. On peut se questionner sur la pertinence de rêver au sourire d’Alex Harvey dans des circonstances suspectes, ou s’interroger longuement sur les liens entre tous ces (non) événements… sans jamais avoir de réponses ni trouver le sommeil.

Le lendemain matin, l’appareil-photo et le billet de 50 $ qui traînaient tout près de l’entrée sont toujours là. Qui a rêvé? Qui était vraiment éveillé? Peut-être personne… et c’est pour ça qu’on ne pourra jamais concilier les divergences, ni confirmer ni infirmer l’un ou l’autre des récits. Par acquit de conscience, on a changé les serrures. Rationnellement, on a retrouvé un (faux) sentiment de sécurité (enfin… disons qu’il est relatif : on n’est jamais vraiment en sécurité; la vie est un long risque qu’on calcule comme on peut). Mais je suis à jamais troublée de savoir que je ne saurai jamais.


Ce qui m’amène à un autre type d’intrusion, indéniable, celui-là, et bien que cette intrusion ne menace aucunement ma sécurité physique, je crois que je la trouve pire que l’autre. Ce matin, Google m’a envoyé un horrible courriel, que je recevais pour la première fois : mon « Bilan de mars ». Un résumé de tous mes déplacements du mois de mars, ni plus ni moins! Les lieux où j’ai mes habitudes, le nombre de kilomètres parcourus à pied ou en voiture, la distance qu’il me reste à parcourir avant d’atteindre la Lune (eille, merci pour cette information rigolote qui me fait presque oublier qu’il s’agit là d’une invasion presque totale de ma vie privée!). Moi qui croyais avoir désactivé l’historique des positions… Il semblerait que je l’aie encore (le 22 mars, si vous voulez tout savoir) réactivé par mégarde, parce que cette chose tout à fait sournoise se cache dans tous les racoins de vos appareils, tenez-vous-le pour dit.

Je me suis donc précipitée pour aller désactiver cet insidieux mouchard. Chemin faisant, j’ai pu constater que Google connaît l’adresse de mes amis, des amis de mes enfants, l’heure à laquelle je fais mon épicerie, et celle à laquelle je me couche les soirs de concert (trop tard). Voyez par vous-même des exemples.

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Où étiez-vous le 6 avril à 15 h 13? Et avant? Et après?
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Vous allez dire que c’est paradoxal que quelqu’un qui donne quand même beaucoup d’information sur soi (tant sur ce blogue que sur d’autres plateformes) s’insurge d’une telle atteinte à sa vie privée, et vous n’avez pas tort : je suis (comme presque tout le monde, non?) un être de contradictions et j’embrasse ma condition. Ça ne me dérange pas que tout le monde sache que je me cherche, mais ça me dérange en ta… que Google sache tout le temps où me trouver!

Ce n’est pas comme si c’était une surprise non plus… J’ai toujours su que les compagnies emmagasinaient beaucoup de renseignements sur nous, et j’avais même déjà vu la fameuse section « Mes trajets » dans Google, par hasard. Ce qui me surprend le plus, c’est qu’une compagnie m’envoie plein d’information qu’elle a sur moi de façon tout à fait ludique, comme si c’était amusant de ne plus avoir de vie privée, comme si c’était ça que les gens devraient souhaiter, au fond!

Le pire, c’est qu’ils ont changé l’endroit où on peut supprimer l’historique des positions et que ça m’a encore pris 20 minutes le trouver… Font-ils exprès de rendre ça difficile pour décourager les utilisateurs de supprimer leurs renseignements? Je ne sais pas, mais je peux dire que les instructions pour la suppression des données n’étaient pas à jour… On peut douter de leur bonne foi.

Peut-être que j’overreact parce que j’étais déjà dans un état d’esprit paranoïaque avant de recevoir leur stupide courriel. Au moins, ça m’aura alertée pour que j’aille une fois de plus les empêcher de mettre leur nez partout. Si au moins Google pouvait me dire qui était présent dans ma maison la nuit du 7 avril…

2 réflexions sur “Intrusions

  1. Seigneur. L’intrusion est troublante.
    Je t’ai spontanément placée sous le regard d’infirmière stagiaire en psychiatrie que je suis, du genre qui entend dernièrement en entrevue d’admission sur son étage des histoires de loyers payés par télépathie et de bulletin de secondaire 5 volés il y a 28 ans ( et autres affaires que «ma mère m’interdit d’nommer ici»). Comment savoir ce qui appartient à la réalité, et où ça devient farfelu (des fois c’est pas si évident)? Après avoir rapidement scanné tout ce que je sais de toi, je me suis dit que ce seul détail, qu’il soit vrai ou non, ne semble pas mettre ta santé mentale en grand danger.
    Je cite ici mon bien-aimé médecin qui m’a dit dernièrement, alors que je lui parlais de mon inquiétude de voir de la psy partout, depuis que je traîne sur un étage de soins aigus de psy justement: «Tsais, tout le monde a un ou deux traits, ou plus, mais bon, hein, si la borne fontaine te fait un clin d’oeil sans que ton fonctionnement quotidien soit altéré, y’en a pas, de problème!»
    Ça résume assez bien: tu sauras jamais. Tant que tu peux continuer à vivre, tout baigne.
    Bonne chance!!

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  2. Ha ! Ha ! Ça te prendrait un bidule électronique Google à qui tu peux parler. Le matin du 7, tu aurais tout simplement dit : «Google ! Qui est entré dans la maison cette nuit ?». Il aurait probablement répondu : «Personne espèce de somnambule.».

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