C’est officiel depuis quelque temps déjà : à compter du 27 mai, je serai en congé sans solde pour 22 semaines, pour poursuivre mon projet de réorientation professionnelle. Tous mes collègues ont été mis au parfum, de sorte que je peux maintenant en parler tout à fait librement.

Fait à la fois libérateur et légèrement angoissant : durant ces 5 mois, je n’aurai de comptes à rendre à personne. J’ai l’entière liberté d’apprendre ce que je veux, comme je veux, dans l’ordre que je veux. Je pourrais même ne rien faire du tout. Toutefois, cette petite fantaisie estivale me coûte suffisamment cher pour que je ne ressente pas du tout l’envie de perdre mon temps. Par ailleurs, l’ennui qui m’afflige trop souvent au travail est en soi une motivation suffisante pour que ce congé ne soit pas utilisé en vain. J’ai donc 5 mois pour prendre un virage serré et gagner de la vitesse, dans l’espoir de m’ennuyer beaucoup moins au travail dans le futur. C’est un beau luxe, mais ce n’est pas énorme; il me faudra travailler vite et bien.

J’ai confiance que j’ai la motivation nécessaire pour atteindre mes objectifs, même flous (mais je vais les préciser). Le crier sur tous les toits, c’est juste un moyen de plus de m’assurer que les idées se concrétisent. En fait, je vous prends tous à témoin : il faut que je change d’emploi, que je chasse l’ennui pour de bon, que j’embrasse un domaine fuyant, impossible à saisir entièrement. J’ai tendance à me lasser rapidement des choses que je comprends bien (ma tendre moitié m’a déjà dit que c’est pour ça que je reste avec lui…). J’ai besoin d’être dépassée, de ne pas savoir tout de suite ou donner de la tête.

Je vous prends à témoin parce que je sais que je ne voudrai pas vous décevoir. Je ne veux pas, en 2021, croiser quelqu’un qui me dise « Pis, ta réorientation? » et que la réponse soit : « Je fais encore de la traduction à la banque. » Ce serait une suprême mortification. Il ne faut pas que « la montagne » accouche d’une souris. La pognez-vous?!? 🙂

C’est sans parler des personnes qui m’appuient de façon plus concrète. À la banque, je peux compter sur le soutien et la confiance de beaucoup de collègues/supérieurs, qui me questionnent, me conseillent, m’ouvrent des portes. Je ne voudrais pas qu’ils m’aient aidée en vain.

Alors j’ai un plan, qui est encore relativement vague… Comme je serai essentiellement autodidacte, on pourrait dire que mon « programme » d’apprentissage n’a pas de structure bien définie. Dans un premier temps, je vais d’abord tirer tout ce que je peux de plateformes en ligne structurées pour acquérir des compétences en science des données, par exemple DataCamp et CodeCademy. Un peu de programmation par-ci, un peu de stats par-là, une pincée de visualisation de données, le tout dans un ordre logique et avec des exercices interactifs qui permettent de valider les apprentissages à chaque étape. Ça se fait tout seul.

Et c’est pour ça que ça ne durera pas longtemps; à vrai dire, j’ai déjà fait le tiers de ces formations et mon congé n’est pas encore commencé. Si tout va bien, j’aurai extrait tout le jus (enfin, pas vraiment, vu que les plateformes évoluent et proposent sans cesse de nouveaux cours…) de ces « career paths » dans les premières semaines, et j’aurai une vue d’ensemble qui me permettra de déterminer ce que je veux approfondir. Par ailleurs, ces deux plateformes sont redondantes, et c’est voulu. Apprendre la même chose deux fois, mais avec l’information présentée un peu différemment, ça me semble une bonne recette pour que les connaissances s’inscrivent bien dans le cerveau!

Après, je m’autorise à naviguer un peu à l’instinct. J’ai confiance que je saurai diversifier, concentrer, ralentir, accélérer, revenir en arrière, consolider, expérimenter, intégrer, tâtonner, demander de l’aide, approfondir, effleurer, en garder pour plus tard… Il y a dans cette liste certaines choses qu’on a tendance à regarder de haut, mais qui sont à mes yeux des stratégies tout à fait utiles, même (surtout) quand les heures sont comptées. Dans le temps des fêtes, je me souviens avoir entendu Boucar Diouf, à la radio, dire (ou dire que son grand-père disait) : « Prends ton temps, ça va aller plus vite. » J’ai trouvé que cela était plein de bon sens, même si je n’exclus pas d’aller vite parfois! L’idéal, c’est d’avoir plusieurs vitesses, non?

Il y aura des « projets d’intégration ». C’est-à-dire que je mettrai mes compétences à l’épreuve hors des plateformes d’apprentissage, sans que personne ne me tienne la main. C’est déjà commencé : ici, par exemple, on peut voir que j’ai appris à faire des graphiques colorés (qui disent des choses sur l’évolution de la santé mentale dans notre famille…) J’ai quelques idées de programmes pour régler des problèmes souvent rencontrés dans mon travail, qui me serviront d’initiation au Natural Language Processing, et d’autres pour m’amuser un peu. J’avais notamment pensé à faire un programme de conciliation bancaire, mais avec des citations de François Lambert et Pierre-Yves McSween. Un genre d’appli pour répartir les dépenses par catégorie qui juge tes choix de consommation sans toutefois tenir compte du fait que ça coûte quand même cher élever ses propres lapins! Mais finalement, c’est déjà des éléments de programmation que je comprends assez bien… Quoique, je ne pense pas qu’il soit possible de trop s’entraîner. Enfin, on verra du temps dont je dispose.

Il y aura des cours de statistiques et de maths, sur Khan Academy pour la base (j’ai oublié de mentionner que quand j’ai lâché le DEC intégré, ma mère m’a obligée à faire mes maths de cégep à distance; je l’en remercie aujourd’hui parce que je pars d’un peu moins loin et que c’est une expérience d’apprentissage autodidacte qui me servira), sur Coursera ensuite. Peut-être même un cours ou deux à l’université à l’automne, si nécessaire. Sinon, des livres de statistiques ou de méthodes quantitatives pour acquérir une bonne base. (D’ailleurs, si vous avez des manuels pas trop poussiéreux, qui datent du présent siècle, je suis preneuse.)

Après le congé, je reviendrai à la traduction et je ne sais pas combien de temps il me faudra pour changer d’emploi : cela dépendra largement de ce que j’aurai maîtrisé en cinq mois. Il me faudra peut-être passer par un emploi de transition, par exemple un poste peu spécialisé dans le domaine de l’assurance. Ça me semble un compromis acceptable en autant que ça ne dure pas des années. Ou peut-être que je pourrai tout de suite aspirer à un poste d’entrée en analyse de données, le genre de poste qu’on offre habituellement à des jeunes diplômés sans expérience.

À vrai dire, je rêve qu’on me donne un emploi un peu trop difficile pour moi et que je doive ramer fort pour répondre aux attentes et continuer d’apprendre, jusqu’aux prochains souliers trop grands pour moi. Ça me fait penser que je garde d’excellents souvenirs de la fois où j’ai chanté avec le choeur de l’OSM la Missa Solemnis de Beethoven, qui n’est pas exactement une oeuvre pour choristes du dimanche… Ça a l’air bizarre de dire ça, mais j’ai aimé être la plus poche du choeur; écouter l’oeuvre en regardant ma partition sans être capable de simplement suivre ma ligne; bûcher fort pendant des semaines, puis finalement chanter ces impossibles fugues. La phrase qui suit n’a aucune logique, mais ça illustre ce à quoi j’aspire : l’espace que je trouve réellement confortable, c’est juste un peu en dehors de ma zone de confort. 

Je ne peux pas savoir d’avance si les emplois que j’occuperai dans le futur seront à la hauteur de mes attentes, si j’en serai plus satisfaite que de ma « première » carrière… Mais je peux déjà dire que j’aime le chemin pour m’y rendre et que je ne m’ennuierai pas cet été! Au pire, si tout cela n’est qu’un coup d’épée dans l’eau, ces cinq mois auront été extrêmement enrichissants (sauf financièrement!). Reste à voir si j’aurai le temps de vous entretenir de mes progrès… Une belle occasion de travailler sur la concision de mes textes! 😉 À très bientôt!

Une réflexion sur “Le crier sur tous les toits

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