Habituellement, les histoires que je ressors des boules à mites pour la Saga des mauvais choix sont liées, par un fil parfois ténu, à mon parcours professionnel. Mais ces jours-ci, à l’orchestre, on joue le Concerto en fa de Gershwin, et les souvenirs que cela ravive m’offrent une belle occasion de revenir sur une tournée mémorable de l’OSJM dans un petit billet hors-série.

C’est qu’à l’été 1998, l’OSJM avait passé 10 jours en Grèce pour une série de concerts à Sani Beach (une station balnéaire de la Chalcidique), dans un petit village perdu, à Thessalonique et à Athènes, et nous y avions notamment interprété ce concerto, avec ma sœur aînée au piano.

Cette tournée pleine de rebondissements a marqué les esprits, notamment en raison du laxisme des adultes qui nous accompagnaient, que je ne nommerai pas ici… Ce n’est pas vraiment pour leur éviter des poursuites à retardement : même si l’orchestre comptait un certain nombre de jeunes mineurs et que leurs parents auraient sans doute ressenti une vive inquiétude de les savoir lâchés lousse dans la nature à un tel point, le délai de prescription est sûrement passé. C’est plutôt pour protéger mes intérêts : je ne voudrais pas être déshéritée!

Je dis laxisme, mais à ce que je sache, personne ne s’en plaignait; j’aurais aussi bien pu dire « joie de vivre » ou « confiance en la vie ». En fin de compte, tout le monde est revenu à la maison sain et sauf, avec d’excellents souvenirs. En voici quelques-uns en vrac.

À Sani Beach, nous n’avions malheureusement pas le luxe de dormir à l’hôtel, sauf le chef. On nous avait plutôt attribué des cabines non loin de là, dans un camping, avec ou sans colocataires du règne animal. À la plage, un musicien avait marché sur un oursin, interrompant le farniente de notre équipe de surveillance, qui avait dû s’en occuper. Une autre fois, une musicienne avait perdu son passeport.

Pour notre premier concert, il manquait de percussionnistes. Certains chaperons avaient été sollicités pour combler les lacunes. L’un d’entre eux, choriste à ses heures il me semble, avait fini par accepter de jouer les cymbales, mais au moment crucial, quand le chef lui a fait signe, il s’est arrêté dans son élan, de crainte de se tromper, et les cymbales sont restées muettes. Toute une feinte! Par ailleurs, il a connu plus de succès avec le sifflet qui servait à rassembler le troupeau lorsque nous étions éparpillés, à la plage par exemple.

Dans le village dont le nom m’échappe, la mairie nous avait déroulé le tapis rouge : bar open pour tout l’orchestre avant le concert et à l’entracte! Il faut dire qu’en Grèce, il n’y a pas d’âge minimum pour entrer dans un débit de boisson. Ça n’a pas pris de temps pour que tout le monde ou presque adhère à l’adage : « En Grèce, fais comme les Grecs .» Sauf moi, en fait : j’avais une probité exemplaire (ou une rigidité étonnante?) pour une ado à qui on donne de la latitude. Après l’entracte, certains musiciens, dont je tairai aussi le nom, sont revenus pas mal « cocktail », voire carrément « chaudailles », et en retard. Qui plus est, on jouait dans une cour d’école, et les coulisses étaient derrière la scène, dans un local accessible par un corridor vitré… Pour aller chercher un instrument et revenir sur scène à un moment inopportun, c’était un peu un walk of shame; mais à vrai dire, je pense qu’ils étaient fiers de leur coup.

À Thessalonique, nous avions donné un concert le jour de la fête du Canada. Les hymnes nationaux du Canada et de la Grèce, le Concerto de Gershwin et une symphonie de Tchaïkovski… En voici un tout petit extrait :

Normalement, j’aurais sans doute dû demander à chaque personne figurant dans la vidéo son autorisation de publier ceci, ou rendre flous tous les visages. Mais vu que c’est qualité 1998, on va dire que c’est déjà assez flou. De toute façon, qui n’aurait pas envie de revoir ça?

Après le concert, nous avions tout le loisir de nous aventurer sans aucune surveillance dans la ville. À vrai dire, je ne suis même pas sûre qu’un couvre-feu avait été établi, sauf peut-être très vaguement. Nous dormions dans deux hôtels, et il n’en tenait qu’à nous d’explorer la ville et ses bars à notre guise. J’ai un vague souvenir d’avoir croisé, alors que j’étais en compagnie d’autres ados, des chaperons à une heure très tardive, sans même qu’on nous conseille d’aller nous coucher.

Au Parthénon, il faisait 42 degrés Celsius à l’ombre et il y avait beaucoup de monde. J’ai un vague souvenir que quelqu’un avait fait un malaise.

À Athènes, on avait perdu un parent-accompagnateur et son épouse, entrés dans une boutique pour trouver un maillot de bain, au moment où l’autobus quittait le centre de la ville en direction de la plage. Ils ont fini par nous retrouver presque par miracle, en n’ayant qu’une très vague idée de l’endroit où on se trouvait et en ne parlant aucun mot de grec.

L’avant-dernier jour du voyage, un concert était prévu dans le port d’Athènes, au Pirée. L’endroit lui-même était assez spectaculaire : un amphithéâtre extérieur à la grecque, avec le port et ses bateaux en toile de fond. Mais ce qui était le plus spectaculaire ce jour-là, c’était les bourrasques de vent. Nous avons essayé tant bien que mal de faire notre soundcheck, mais les partitions revolaient à des dizaines de pieds dans les airs et les lutrins en broche tombaient au combat. Nous avons dû nous rendre à l’évidence : Gershwin à Athènes, ça ne se passerait pas. À regret, il a été décidé qu’une plus petite formation jouerait des œuvres pour orchestre à vents. Les vents étaient dans le vent! Chaque instrumentiste avait droit à une personne qui tournait ses pages et gérait son lutrin. (Notre chef, qui racontait la même anecdote la semaine dernière à la répétition de Sinfonia, a affirmé qu’il y en avait deux; est-ce sa mémoire qui fait défaut ou a-t-il tendance à exagérer? Ou est-ce qu’au contraire, je minimise? Je ne peux pas garantir que les souvenirs racontés sont exacts… En plus, les quelques photos que je possède sont sous-exposées ou floues; ce n’est pas très fiable.)

Ensuite, selon un témoin important qui est toujours vivant pour en parler, nos « responsables » avaient décidé d’aller acheter de la bière pour noyer notre peine, « pour les gens majeurs seulement ». Malheureusement, il y avait un important feu de forêt, et le dépanneur était par conséquent fermé. En effet, à notre arrivée au camp scout où on dormait, on pouvait très bien voir que la montagne d’en face était en train de brûler. Après avoir vérifié qu’il était sécuritaire de dormir sur les lieux, les responsables ont persévéré et ont fini par ramener de la bière, au grand dam de la chef de camp, qui ne partageait pas du tout leur nonchalance et leur optimisme débordant. Elle était encore moins impressionnée quand des jeunes de l’orchestre ont décidé de sortir les matelas des chambres pour dormir à la belle étoile. Avec des méthodes assez différentes de celles des adultes qui nous accompagnaient, elle s’est assurée que tout soit remis en ordre.

Le lendemain matin, alors que nous attendions l’autobus pour repartir vers l’aéroport après cette nuit où nous n’avions pas beaucoup dormi, il y avait beaucoup de corps morts dans le hall d’entrée, ce qui a donné lieu à une très belle vidéo intitulée À Vari, c’est plein de vie. Je me garde de la diffuser ici parce qu’en toute honnêteté, personne n’y est à son meilleur (je ne fais pas exception) et que je ne veux pas subir de représailles pour avoir violé le droit à l’image de qui que ce soit.

Bref, personne n’a oublié cette tournée! L’absence de supervision adéquate y aura mis du piquant, mais soulignons quand même qu’en amont, le C.A. et les parents bénévoles avaient fait un travail remarquable de préparation. Tellement que ça nous avait coûté à peine 400 $ par personne! Faut le faire, quand même, pour un orchestre d’une soixantaine d’instrumentistes.

Tout ça pour dire que le 15 juin, à Sinfonia, on joue un beau programme de Gershwin et Bernstein, avec une pianiste de premier plan, Louise Bessette. Des pianistes ordinaires joueraient le Concerto de Gershwin OU Rhapsody in Blue, mais Louise Bessette n’est pas une pianiste ordinaire : elle jouera les deux. Pour ma part, j’ai une autre occasion de jouer du piano dans l’orchestre, dans Symphonic Dances from West Side Story, de Bernstein. Si on se fie au passé récent, on pourrait croire que c’est fréquent qu’il y ait une partie de piano dans l’orchestre, mais en réalité, c’est plutôt rare : j’en profite quand ça passe.

C’est à la salle Claude-Champagne de l’Université de Montréal, samedi 15 juin à 19 h 30. Billets et programme complet sur ensemblesinfonia.com.

2 réflexions sur “Gershwin à Athènes

  1. Oh my Véro! Excellent ce blogue. (Comme tous les autres, d’ailleurs) Je veux les vidéos!!!! Trop drôle, ça rappeler d’excellents souvenirs à Benoît.

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