Vous avez peut-être remarqué qu’il y a dans ce site un billet intitulé « Souvenirs de CAMMAC 2018 ». Si vous avez tenté d’y accéder, vous n’avez toutefois pas pu assouvir votre curiosité… C’est que ce long récit d’une semaine au camp musical mentionne beaucoup trop de personnes pour être rendu public!

Mais comme je retournerai sous peu à CAMMAC pour une autre folle semaine de musique et de rigolade, j’ai pensé vous en offrir un extrait. Mais avant, un peu de contexte : CAMMAC est un genre de camp musical multigénérationnel pour mélomanes. Pendant toute une semaine (ou plusieurs, pour les plus riches/infatigables), des instrumentistes et choristes de niveau et d’âge très variés se réunissent pour jouer de la musique, en musique de chambre ou en grand ensemble, sous la direction de véritables pros. J’y vais depuis quelques années avec mes filles, en camping, et on forme un genre de grande famille élargie avec d’autres amis de Sinfonia et leur progéniture. On fait souvent 6 à 7 heures de musique dans la journée, et aussi un peu de tennis. Généralement, après une semaine à CAMMAC, je retourne au travail plus fatiguée qu’au début des « vacances ». Ce n’est pas de tout repos, mais c’est le fun en maudit, même si je risque de me blesser parce que je suis plutôt habituée à pratiquer 15 minutes (ou zéro) par jour…

Mais le fait d’aller à CAMMAC a permis de régler un problème que j’avais depuis de nombreuses années, depuis la fin de mon DEC, en fait : chaque année, de juin à septembre, pendant la saison morte de l’orchestre, mon violon ne voyait plus la lumière du jour! De septembre à juin, à mesure que la saison d’orchestre avançait, je retrouvais mes repères, mais chaque été, j’en reperdais un peu plus. Comme je suis plongée dans la visualisation de données ces temps-ci et que tous les prétextes sont bons pour me pratiquer, j’ai pensé vous faire un graphique! (Vous me le direz quand vous en aurez marre de mes graphiques!)

Le graphique commence en 2010, mais le déclin a commencé bien avant… (J’ai la flemme de mettre les mois en français, désolée!)

Mais là, depuis que j’ai commencé à aller à CAMMAC, je joue du violon et du piano l’été! La tendance s’est inversée! Interprétons un peu ce graphique : en 2016, je suis allée à CAMMAC pour la première fois avec ma plus vieille, donc je n’ai pas régressé. En 2017, je me suis fait offrir de jouer un solo difficile dans la Passion selon Saint-Mathieu de Bach en 2018, une offre qui ne se refuse pas… alors j’ai pris des cours de violon et j’ai pratiqué quotidiennement pendant plusieurs mois. Après, j’ai dû auditionner pour la Symphonie de la Virée, une autre affaire qui fait prendre l’air à mon violon l’été. Puis, en 2018-2019, j’ai joué beaucoup de piano à l’orchestre, mais j’ai aussi continué de prendre des cours de violon (très) occasionnellement, alors je n’ai pas trop régressé! C’est une bonne chose, parce que souvent, dans un contexte amateur, on a tendance à s’asseoir « légèrement » sur nos lauriers… Mais même si parfois, j’aimerais ne pas avoir à pratiquer, je prends conscience que plus je maîtrise ce que je dois jouer, plus j’ai de plaisir à faire de la musique. Pour le camp qui arrive à grands pas, ce ne sera pas évident, parce que je joue du piano dans deux groupes de musique de chambre : un qui était prévu, mais qui est extrêmement difficile (j’espère ne pas trop nuire à mes partenaires de trio…) et un qui n’est pas si difficile, mais que je n’avais pas vu venir et auquel j’ai appris que je participais 2 semaines avant le camp. Alors ces temps-ci, en préparation de mes « vacances », j’essaie d’apprendre mes partitions. La pensée qui me vient en tête le plus souvent quand je fais de la lecture, c’est : « Combien de pages il reste encore? » Et au piano, c’est toujours trop! Des fois, je me demande pourquoi je m’inflige ça, alors que je pourrais juste miser sur mon excellente lecture à vue au violon. Il faut que je me rende à l’évidence : c’est parce que j’aime plus le piano et que j’ai moins d’occasions d’en jouer!

Mais bon, je m’égare, je vous présente sans plus attendre le récit de la dernière nuit que j’ai passée à CAMMAC :


« Après avoir écouté ma prestation, mes parents sont repartis avec les enfants à Rosemère. J’ai donc tout le loisir, après le concert [il est rendu déjà assez tard, après tous les concerts de la journée], de poursuivre les festivités, libérée de toute responsabilité parentale. On commence par des lectures à vue (question de brûler les neurones qui restent) de quintette, puis de quatuor après avoir perdu Solène, étroitement surveillée par sa mère. Quand on est finalement rassasiés de musique, Catherine et moi sortons voir s’il reste encore du monde au feu de camp. Quelques vaillants festifs sont encore là, on jase un peu et on fait des projets pour l’an prochain. Mais l’envie de dormir se fait vite sentir… C’est alors que nous nous rappelons que nous n’avons pas débarrassé la table du souper. Probablement que si j’avais été seule, j’aurais touttte laissé ça là. Mais Catherine me ramène dans le droit chemin : il faut au moins mettre la vaisselle sale dans la cabane et ranger les restants. Ce qui est donc fait. Puis, je vais m’étendre sur mon matelas de camping, un peu plus dégonflé chaque jour. Des choses tombent sur ma tente assez régulièrement, comme si un écureuil mangeait des pistaches juste au-dessus. Puis, j’entends des pas. Lourds. Les branches craquent, bruyamment. Est-ce un humain? « Qui va là? » Comme seule réponse, un grognement… J’entends la respiration de la bête sauvage comme si elle respirait dans mon cou! Et le crépitement d’un emballage. Possiblement un carcajou qui mange des chips.

wolverine_ferocious
L’animal que j’imagine me respirer dans le cou

Dans mon délire de fin de camp, alimenté par de nombreux bruits gutturaux de l’intrus qui semble être à deux pieds de moi, séparé seulement par un mince bout de tissu, je me dis que les chips ne sont qu’un hors-d’oeuvre et qu’il me garde comme plat de résistance. Pas prête à mourir sous la dent du carcajou, je mets mes souliers, je pogne mon sac de couchage et je détale jusqu’au pavillon principal sans regarder derrière. J’ai aussi envisagé de m’inviter dans la tente-roulotte des B., mais je me suis dit que ça pourrait être traumatisant pour tout le monde si j’arrivais sans m’annoncer en plein milieu de la nuit. Ce sera donc le Bartók [un genre de salle de jeu/salle de réunion] et son mobilier des années 60. Moi et les divans pleins d’acariens, c’est une longue histoire d’amour. Je me dis que je pourrai bien dormir quelques heures sans être importunée. Bel optimisme. D’abord, il y a plus de mouches dans le Bartók que dans ma tente. Elles viennent me bourdonner dans les oreilles, ça me rend folle. Je me terre dans le fond de mon sac de couchage, mais je suis encore dérangée par une prof qui cherche du Wi-Fi (à 1h30!). Puis, alors que je suis tout près de m’endormir, la responsable de l’entretien ménager arrive avec son aspirateur. Je lui raconte mon histoire (avec ma plaque occlusale dans la bouche!) : voyant ma détresse, elle décide que le ménage peut attendre. Je finis par dormir quelques heures, mais les mouches ont tôt fait de me réveiller à 5 h 30, avec le soleil qui entre par toutes les fenêtres sans rideaux de ce local… D’ailleurs, un oiseau n’y voit que du feu et fonce à pleine vitesse dans la fenêtre. J’abandonne rapidement l’idée de me rendormir. La lèvre enflée par une piqûre de moustique à un endroit vraiment gossant, je me résigne à faire la vaisselle en attendant que le camping se réveille. Puis, je reviens sur la scène de crime, qui n’est guère impressionnante à la lumière du jour : seul un emballage de baguette lacéré témoigne du drame qui s’y est joué. Je n’ai pas encore les yeux en face des trous, mais dans un éclair de lucidité, je conclus qu’un raton laveur aura disputé à un autre animal (ou plusieurs) nos restants de pain. Ou que le carcajou de Saint-Félicien est rendu vraiment loin de chez lui. Ou peut-être que j’invente toute cette histoire pour camoufler une folle nuit d’amour, une aventure d’un soir avec un beau musicien? Pour le savoir, il faudra demander à la femme de ménage… ou au carcajou!

Une réflexion sur “Au camp musical

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