Ma « semaine de relâche » tombait à point. Avant de partir pour le camp musical, je commençais à ressentir une petite baisse d’énergie. En fait, en prenant le problème dans un autre sens, on pourrait dire que j’ai connu plutôt une baisse de concentration, due entre autres à la préparation (logistique et musicale) nécessaire pour le camp. Idéalement, se préparer pour des vacances ne devrait pas être une préoccupation ou un stress, mais ça fait longtemps que je sais que je préfère NE PAS me reposer pendant mes vacances… J’accepte donc que mes vacances (qu’il s’agisse d’une semaine au camp musical, d’un voyage à vélo ou de toute autre aventure) nécessitent de la préparation et ne me permettront pas nécessairement de refaire le plein d’énergie. En autant que ça me change les idées!

La semaine à CAMMAC a été parfaite pour ça. Rien de tel, pour oublier le quotidien, que jouer 6 heures de musique par jour! D’ailleurs, 6 heures, c’est la limite que je m’étais fixée pour éviter de me blesser, mais vers la fin, j’ai commencé à tricher un peu. Et d’ailleurs, vers la fin, j’ai commencé à avoir un peu mal au dos et au bras… Mais j’ai quand même presque réussi à survivre à la semaine sans me tartiner de Voltaren! Et je n’ai pris aucun relaxant musculaire, bien que j’aie été tentée d’en prendre un (tout un!) simplement pour dormir… C’est que les nuits de camping ne sont peut-être pas tout à fait adaptées aux exigences du camp musical. Il faut dire que j’avais très mal planifié mon affaire. Ou plutôt, j’avais une confiance aveugle dans le bulletin météo, qui prédisait ceci :

Notons que même si j’avais regardé le minimum, chose que je n’ai pas faite, j’aurais été largement induite en erreur…

Il allait faire beau et chaud toute la semaine! J’ai donc été passablement surprise, la première nuit, quand j’ai failli mourir de froid dans mon sac de couchage. En plus du froid, le « doux chant matinal des oiseaux » contribuait à me garder très éveillée. Après avoir mis tous les vêtements chauds que j’avais (notamment mes combines de ski de fond, que j’avais apportées en prévision des nuits fraîches, mais qui n’ont pas suffi!) et m’être retournée 1000 fois dans mon sac de couchage, je me suis dit que l’heure du réveil (7 h, 7 h 30 pour les lève-tard) devait bien approcher… J’ai sorti mon téléphone pour constater qu’il n’était que 5 h 30 et qu’il faisait 6 degrés Celsius à Harrington! Les oiseaux se lèvent très tôt, et j’imagine que j’aurais dû prévoir qu’il ferait 20 degrés de moins la nuit que le jour… Heureusement, une amie plus prévoyante m’a prêté des couvertures pour le reste de la semaine. Bizarrement, les filles n’avaient pas froid (l’une d’elles dormait même « en chest », j’imagine que son sac de couchage est conçu pour les grands froids)… Malgré les couvertures, je ne peux pas dire que mon sommeil a été optimal le reste de la semaine : moyenne très ordinaire de 1 bonne nuit de sommeil sur 2. Aussi, je pensais dormir sur le gros matelas gonflable, mais ma progéniture se l’est approprié alors j’ai été confinée au petit matelas de sol pour enfant qui m’arrive à mi-cuisse… Pour le confort, on repassera! Au moins, nul carcajou n’est venu troubler mon non-sommeil cette année!

Le décès de l’individu a été constaté vers 9 h 15 le mardi 9 juillet. Il aurait été violemment percuté par une pianiste assoiffée de vengeance.

Mais bon, on ne va pas à CAMMAC pour dormir! On y va surtout pour faire de la musique dans des cabanes en bois, sur des pianos emballés dans du saran-wrap (qui ne les protège sans doute pas contre des variations de température de 20 degrés, mais bon…), avec des coachs extraordinaires et beaucoup de maringouins. Il y a eu du sang, il y a eu des morts, mais globalement, c’était une très belle semaine. J’en ai bavé un coup parce que je n’étais pas assez bien préparée à mon goût (en partie par ma faute, en partie parce qu’on reçoit les assignations de musique de chambre quelques semaines seulement avant le camp), mais j’ai mis les bouchées doubles en pratique personnelle pour compenser. Je savais depuis longtemps que j’allais jouer une pièce très difficile avec un couple de Sinfonia (j’ai procrastiné), et j’ai appris sur le tard que je jouerais au piano un autre trio (de Beethoven), ainsi que la partie de premier violon dans l’Octuor de Mendelssohn. Comme je me sens toujours un peu persécutée quand je joue du piano en musique de chambre (comme diraient mes filles : « C’EST PAS JUSTE! » [je ne parle pas d’intonation, mais de quantité de notes 😉 ] ), (<– ça fait beaucoup de ponctuation ça…) j’ai fait l’erreur de penser que le Beethoven serait nécessairement plus difficile que le Mendelssohn. Quand j’ai vu la partition de l’octuor, j’ai réalisé que j’avais nettement surestimé ma lecture à vue au violon et que l’exercice serait assez pénible pour mon orgueil et pour les oreilles de toutes les personnes présentes… Heureusement, après quelques répétitions (et quelques gammes matinales), c’est devenu un peu plus écoutable.

Sinon, il y a aussi chaque soir un concert à écouter à CAMMAC. Des concerts qui se déroulent dans la plus grande joie de vivre, tant pour le public que pour les interprètes, dont le plaisir de jouer est palpable. Comme les enfants y assistent en grand nombre malgré l’heure tardive, il arrive que l’assistance soit un peu… dissipée. Parfois, je me demande combien de fois la même bouteille peut tomber durant un concert, ou quelle est l’urgence de retirer ses sandales à grands coups de velcro-scrounch-scrounch pour faire respirer des pieds qui puent (ça, c’était un adulte!). (Une fois, une chanteuse, qui me fait toujours beaucoup rire quand elle parle de ce qu’elle va chanter, présentait un lied de Mahler, où un enfant dit à sa mère : « Donne-moi à manger sinon je vais mourir de faim. » Le premier jour, celle-ci lui répond « Demain, c’est la moisson »; le second, « Demain nous allons moudre le grain »; le troisième, « Demain, nous allons cuire du pain »; et finalement quand le pain est prêt, l’enfant est mort. Un peu morbide, je vous l’accorde… Je vous le raconte parce que, pendant qu’elle chantait, ma fille, qui n’avait vraisemblablement pas écouté la présentation, n’arrêtait pas de me « chuchoter » qu’elle avait faim! Par la suite, je me suis sentie comme une bonne mère, parce que quand mes enfants me demandent à manger, je leur donne toujours de la nourriture LE JOUR MÊME!) Des fois, aussi, dans ces concerts, il y a du sang, des toutous qui revolent, des enfants qui s’étendent à terre, d’autres qui mangent leurs ongles d’orteils (ark)… Une fois, cela m’avait inspiré un concept de camisole de force pour enfants avec des motifs attendrissants (pensez lapins et clés de sol). Ça pourrait s’appeler Concertino, ou quelque chose du genre… J’y pense, il faudrait peut-être aussi un bâillon en option! Mais je blague, bien sûr, parce que tout ceci fait partie du charme de l’endroit : ça fait du bien de sortir la musique classique d’un cadre qui peut parfois être assez rigide. Je dirais même que ça a quelque chose de thérapeutique, pour se guérir de la « maladie de conservatoire » qui fait que des fois, plus on avance, moins on a de plaisir. Je trouve ça beau, aussi, que ce soit ça le premier contact de mes enfants avec la musique; qu’elles voient que l’objectif principal, c’est le plaisir des interprètes et de l’auditoire, et non pas quelque standard élevé. Elles auront bien le temps de découvrir que les standards élevés peuvent contribuer au plaisir…

Quand on ne faisait pas ou n’écoutait pas de musique, on mangeait (en grande famille reconstituée de 8, et comme des rois; notre risotto au homard a suscité une certaine jalousie auprès de la clientèle de la cafétéria), on jouait au tennis et on essayait de faire dormir notre progéniture pendant « l’heure de silence », en après-midi. De façon générale, le comportement des enfants s’améliore d’année en année : ils parlent moins fort qu’avant (et moins aigu!), ils se chicanent moins, ils mettent la main à la pâte. Cette année, les plus jeunes ont même donné des cours de lavage de vaisselle à une de leurs amies; cela a fait très forte impression auprès de sa mère! La seule chose qui ne s’améliore vraiment pas, avec les miennes, c’est leur façon de résister à la sieste, même si elles savent très bien qu’elles en ont besoin et que ça leur fera du bien. Moi, j’aimerais tant dormir! Mais je sais que si je ne prends pas le temps qu’il faut pour les faire dormir, de gré ou de force, elles ne se rendront pas jusqu’à la fin de la semaine dans la bonne humeur! Une fois, devant le refus obstiné de ma plus jeune, qui empêchait les autres de dormir, j’ai eu recours à un stratagème que je ne pensais plus jamais utiliser : l’emmener faire un tour de voiture pour l’endormir (en deux minutes, elle était assoupie). Comme quand elle avait deux mois! C’était ça ou je l’assommais…

Vers la fin de la semaine, des orages sont venus compliquer légèrement les choses. La première pluie était bienvenue, à vrai dire : j’en avais marre de mettre de la crème solaire et que la mentonnière de mon violon soit dégueulasse. Mais bon, après, j’ai constaté que la tente prenait l’eau de toute part : par le plancher, par le toit, par les côtés… Cette tente a eu une belle vie, mais il faut se rendre à l’évidence, on est dus pour la changer! Ses belles qualités (spacieuse! gratuite!) ne suffisent plus pour compenser des défauts qui ne pardonnent pas : une fermeture éclair qui ferme mal, des trous dans les moustiquaires et zéro étanchéité! Heureusement, j’avais vu venir le déluge et j’avais mis les sacs de couchage dans la voiture. Et nous avons été accueillies dans l' »hôtel Beaulac », un fameux 3 étoiles de Harrington…

Moi qui n’avais même pas apporté d’imperméables pour les filles, j’en ai eu pour mon argent! Le dernier jour à CAMMAC est un long marathon de concerts, de 15 h à l’infini… Quand je suis rentrée dans le bâtiment principal, avant 15 h, il faisait un soleil radieux; en sortant vers 18 h 15, après le concert des enfants, nous avons été surpris par un déluge encore plus spectaculaire que les précédents. Déjà, on n’avait pas beaucoup de temps pour préparer le souper, manger et faire la vaisselle (et en plus, on avait de la visite!), mais avec cette pluie inopportune a un peu compliqué les choses. Déjà que je ne suis pas exactement une Martha Stewart dans des conditions contrôlées… Disons que ce souper était pas mal garroché et arrosé, mais pas dans le sens de délicieux nectars… Cela n’a pas empêché la semaine de se conclure avec de belles prestations et de réjouissantes festivités post-concert. Ça m’a fait réaliser qu’on passe tellement de temps à faire de la musique, au camp, qu’on a presque pas le temps d’avoir des conversations!

Avec tout ça, j’étais brûlée raide en revenant, mais quelques bonnes nuits de sommeil m’ont remise sur les rails et j’ai repris mes « études » avec une motivation renouvelée. En plus, j’ai une autre « semaine de relâche » dans un mois… Il n’y a pas à dire, je passe un maudit bel été! J’espère que vous aussi! À très bientôt!

Une réflexion sur “Semaine de relâche

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