J’ai un peu laissé en plan la savoureuse Saga des mauvais choix dernièrement. Il y a quand même beaucoup d’action dans le présent, ça me laisse moins de temps pour juger à retardement tous mes choix! Faisons un petit recap rapide (à la manière des séries télé qu’on consomme avec tant d’empressement qu’on n’a pas vraiment besoin de recap parce que ça fait 10 secondes qu’on a fini l’autre épisode)…

J’ai pensé étudier en musique, mais je me suis trompée. Après, j’ai choisi de faire un DEC en sciences, lettres et arts, avant de retourner en musique, dans une institution que je n’aimais pas vraiment, sur un coup de tête parce qu’une prof de français m’avait contrariée. Après mon DEC, j’ai voyagé. Puis, en revenant, me prenant pour une future participante de la Course destination monde (qui allait arrêter d’exister quelques mois plus tard), j’ai voulu étudier les communications, mais à mon entrevue, j’ai tenu des propos insipides, habillée comme la chienne à Jacques. Parmi les programmes toujours offerts après la date limite, j’ai donc choisi : Études cinématographiques et littérature comparée.

Je pense que j’ai procrastiné un peu dans la rédaction de ma saga entre autres parce qu’on arrive au boutte plate, narrativement parlant. Une période de stabilité, d’épanouissement intellectuel, même! Pas de revirements absurdes, ni de décisions impulsives (presque pas, mettons). J’ai commencé des études en littérature comparée, j’ai aimé ça, je suis restée 5 ans.

Étudier la littérature, fût-elle comparée, était en soi un excellent choix. Vous savez que j’aime les mots : imaginez comment j’étais contente de passer ma journée à les analyser, à déchiffrer le sens métaphorique de toutttte! Le seul problème, c’est que je n’avais pas vraiment réfléchi à un plan de carrière. Non, pire, j’y avais réfléchi, et je savais que je n’avais aucune intention d’enseigner au cégep (résultat d’un traumatisme d’enfance lié aux exposés oraux; maintenant ça va mieux), et j’étais bien consciente qu’il n’y avait pas beaucoup d’autres débouchés. Mais j’ai continué, parce que la stimulation intellectuelle atteignait des niveaux inédits et que c’était somme toute TRÈS amusant.

J’ai quand même assez rapidement laissé tomber la partie cinématographique de la patente, pour me concentrer sur la littérature. De façon générale, je trouvais le corps professoral en littérature comparée pas mal plus inspirant qu’en cinéma (il y a encore une histoire de prof qui me tape sur les nerfs, mais ce n’est pas très intéressant). De toute façon, je pense qu’on peut affirmer sans trop se tromper que j’aime les mots pas mal plus que les images.

Évidemment, pendant les trois années qu’a duré mon bacc., j’ai quand même fait quelques choix douteux. C’est à cette époque que j’ai quitté le nid familial pour aller habiter avec trois colocs dans un demi-sous-sol assez crados, finalement. Ça n’avait pas semblé SI pire lors de la visite, et c’était très spacieux (et il faut dire que c’était en pleine crise du logement : les options étaient rares). Quand j’ai emménagé (seules, mes colocs arrivaient plus tard dans l’été), j’ai appelé ma mère en pleurant pour qu’elle vienne me chercher parce que j’étais découragée par le délabrement (des fenêtres, particulièrement) et la forte odeur de sauce de poisson de l’endroit… Un moment très glorieux dans ma quête d’autonomie, comme vous pouvez l’imaginer! Les fenêtres avaient fini par être changées, et l’odeur s’était estompée après un récurage intense de la cuisine…

Ma vie amoureuse (ou absence de) était également très, très foireuse. Ma bande se moquait souvent de ma méthode dite « du rapprochement imperceptible », si imperceptible qu’aucun garçon ne s’en est jamais rendu compte et que c’était irrémédiablement voué à l’échec. (J’ai changé de méthode depuis, mais je ne vous dévoile pas mes secrets…)

C’est aussi à cette époque que j’ai appris l’allemand, en vue d’un échange universitaire à Freiburg pour ma dernière session. (J’avais aussi commencé à apprendre l’espagnol, mais d’après moi, nous n’avons de la place dans notre cerveau que pour une seule langue étrangère à la fois. J’avais toujours envie de répondre en allemand à mes profs d’espagnol…) La session en Allemagne était une excellente idée, bien que là encore, j’ai agrémenté le séjour de nombreux choix très douteux. Tellement douteux que je ne peux pas les raconter ici. Heureusement, j’ai aussi profité du séjour pour commencer à faire de l’aviron, un sport qui m’avait toujours intriguée, mais dont les entraînements commencent généralement beaucoup trop tôt le matin. En Allemagne, la lève-tard que je suis a enfin pu pratiquer ce beau sport, à la faveur de cours d’initiation en après-midi. Et par la suite, ça m’a plu assez pour que je me botte le derrière pour me lever avant les oiseaux pendant quelques saisons.

Et finalement, à mon retour d’Allemagne, j’ai simplement poursuivi sur ma lancée en faisant une maîtrise en littérature comparée. Des années de rêve, honnêtement, où j’ai noué des amitiés qui sont encore d’actualité 15 ans plus tard, avec des gens formidables qui partagent mon goût pour les métaphores farfelues, l’humour absurde, le second degré (et parfois même plus) et les choses de l’esprit en général…

Il y avait quelque chose de très ludique dans ces études, ce qui ne signifie pas toutefois que c’était complètement inutile. Honnêtement, je pense que rien n’a ouvert mon esprit comme ces cinq années d’université à « pelleter des nuages ». En sortant du Conservatoire, j’étais une jeune fille introvertie sans aucune drive, et au fil des ans, je me suis forgé un genre de personnalité et j’ai développé des aptitudes sociales! Bon, peut-être que ce n’était pas essentiel d’étudier en littérature pour développer des aptitudes sociales, mais je pense que je serais quand même une personne un peu différente si j’avais étudié le droit ou la physique. Peut-être que je n’écrirais pas de blogue!

Un des derniers articles que j’ai écrit dans le cadre de mes études (dans la fameuse revue électronique dont j’ai dû refaire le site Web) portait justement sur la notion de jeu et la littérature comparée (mais ça aurait pu s’appliquer à toutes les sciences les plus « molles »). Je vous épargne ici toute mon analyse des multiples sens du mot jeu. Disons seulement que je ne vois pas le jeu comme une perte de temps, bien au contraire : dans l’enfance, notamment, c’est par le jeu que l’enfant développe des tonnes d’habiletés. Et plus tard, le jeu, sans qu’on le réalise toujours, demeure d’une importance capitale. Pour vous représenter la chose, pensez à un engrenage : pour que les roues dentées tournent, il faut un peu de jeu (selon le Petit Robert : « espace ménagé pour la course d’un organe [trouvez-vous qu’il y a quelque chose de vaguement sexuel dans cette définition?], le mouvement aisé d’un objet »). Les roues n’ont pas besoin de prouver leur utilité, elles font une action bien concrète, visible à l’œil nu. Mais le petit jeu, on ne le remarque pas sauf s’il n’y en a plus et que l’engrenage ne tourne plus parce que la tension est insoutenable. C’est pour ça que tous les gens qui font des choses pragmatiques ont besoin d’un espace de jeu dans leur vie, et que la société dans son ensemble a besoin de jeu : de l’art, de la pensée, du rêve, de la fantaisie… Ça sert à rien, mais ça sert à quelque chose.

Comme ce blogue! Ou comme quand je joue de la musique avec mes camarades: on s’entend que le monde n’a pas réellement besoin de nos talents relativement limités, mais nous, on a besoin de cet espace de jeu. Aucun passe-temps n’est inutile. Jouons autant que nous en avons besoin!

C’est sur ces belles paroles que je termine la première moitié de mon congé et entame ma dernière semaine de vacances de l’été! À bientôt!

Une réflexion sur “La saga des mauvais choix, ép. 6 – Le terrain de jeu métaphorique

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