Dans mon dernier billet, je vous parlais de ce que j’apprenais et vous annonçais déjà que le présent billet porterait sur les façons dont j’apprends. Entre-temps, il m’est arrivé trois choses qui m’ont mise la puce à l’oreille sur une question que je n’avais pas considérée sérieusement jusqu’alors : tout d’abord, j’ai abandonné un cours en ligne parce qu’il était constitué de vidéos de 30 à 40 minutes et que je n’écoutais plus rien après 3-4 minutes; ensuite, en attendant de recevoir des médicaments à la pharmacie, j’ai lu des extraits d’un livre sur le TDAH, qui suggère un lien entre les troubles de l’attention et les mauvais choix alimentaires (pour ceux qui me connaissent peu : j’ai une alimentation un peu « adulescente »…); et finalement, une psy a suggéré qu’un membre de la famille (je ne vous dis pas qui; ce n’est pas important et ça pourrait être n’importe qui de nous quatre) se soumette à une évaluation neuropsychologique pour déceler un possible trouble de l’attention. (La phrase qui précède est vraiment longue pour les personnes qui ont un trouble de l’attention…) Entre la pensée que ces trois anecdotes soient reliées et l’autodiagnostic d’un trouble de l’attention, il n’y a qu’un pas que je ne saurais franchir! Que ce soit bien clair : je parle pour parler, et jusqu’à preuve du contraire, personne n’est atteint d’un trouble de l’attention dans la famille. (OK j’avoue quand même que c’est quelque chose que j’ai tendance à faire, attribuer des troubles mentaux à tout un chacun, sur la base des connaissances minimales que j’ai desdits troubles… Vous êtes prévenus : cet article n’a rien de scientifique et repose uniquement sur du vécu!)

Comme société, on est beaucoup plus sensibles aux différents troubles qu’auparavant. « Dans mon temps », c’était rare d’avoir des enfants avec des diagnostics dans une classe, ou en tout cas, personne n’en parlait. Évidemment, la neuropsychologie a dû avancer beaucoup, depuis, et c’est sûrement une bonne chose. En même temps, ça amène beaucoup plus de diagnostics (trop?), de la médication aussi. Est-ce que les pilules sont toujours la meilleure solution? Probablement pas. Est-ce que le seuil de la normalité pourrait être rehaussé un peu? Peut-être. Au fond, peut-être que ça se pourrait que la capacité à maintenir un haut niveau d’intérêt soit inversement proportionnelle à la vitesse à laquelle le sujet est assimilé… Mais bon, je pense quand même que c’est une bonne chose, de mieux comprendre le fonctionnement cognitif individuel, et qu’un diagnostic, c’est sûrement une bonne chose pour les personnes dont le trouble est prononcé. Pour les troubles légers, pas si loin de la « normalité », j’en suis moins sûre.

Mais assurément, je trouve ça intéressant de porter attention à mon propre fonctionnement cognitif, sans ressentir nécessairement l’obligation d’y mettre des étiquettes. Ce sujet ramène quelques flashbacks de mon enfance… Je me rappelle que parfois, quand je pratiquais mon piano, je « travaillais les mains séparées » (une bonne stratégie en soi), mais seulement pour continuer de produire du son pendant que je tenais dans l’autre main un livre, que je lisais. Toujours dans le domaine musical, je me souviens de n’avoir pas beaucoup écouté mon vénérable professeur, au Conservatoire… Il y avait dans son studio beaucoup d’affiches, que je scrutais et analysais en prêtant une oreille distraite à son propos. Un jour, je suis arrivée à ma leçon et j’ai constaté que toute la déco avait disparu…

Malgré tout, je ne me suis jamais vraiment questionnée sur mon niveau d’attention, jusqu’à très récemment. J’étais très concentrée sur certaines choses, très peu sur d’autres, je n’en tirais aucune conclusion. (D’ailleurs, on pense souvent à tort qu’une personne qui a un trouble de l’attention ne peut pas se concentrer sur quoi que ce soit. Au contraire, il est tout à fait possible de se laisser absorber complètement dans une chose, au détriment de tout le reste. Ça, c’est la psy qui me l’a dit…) J’ai probablement développé inconsciemment des stratégies conséquentes, et je continue de le faire, dorénavant avec une plus grande conscience de la chose.

Ce qui m’amène à mon projet actuel de formation intensive autodidacte. Comme méthode pédagogique, j’ai volontairement adopté l’approche « à la va comme je te pousse » au début. J’ai choisi deux principales plateformes d’apprentissage en ligne (CodeCademy, DataCamp), j’ai suivi le chemin qui y était tracé (sous forme de « Data Science Career Path »), alternant entre les deux au gré du vent et de mon humeur… Après quelques semaines, j’ai mieux cerné les limites de ces ressources, qui, bien qu’elles soient d’excellente qualité, comprennent parfois des raccourcis peu judicieux. Enfin, c’est pratique pour aller vite vers le marché de l’emploi, mais pour bien comprendre ce qu’on fait, mieux vaut creuser davantage. De nos jours, chaque problème ou équation a son application ou son logiciel. Pour calculer la taille d’échantillon requise pour un sondage? Il suffit d’entrer quelques chiffres (par exemple ici) et un ordi le fera en moins de temps qu’il n’en faut pour trouver la calculatrice dans un téléphone intelligent. Mais pour avoir un minimum de crédibilité dans le domaine de l’analyse de données, c’est préférable de comprendre la méthode et de pouvoir l’expliquer. Comme je me suis butée à des concepts que je ne comprenais pas, même si j’étais pourtant capable d’exécuter les tâches, j’ai décidé d’approfondir mes connaissances en statistique pure.

Ce n’est quand même pas évident, être autodidacte. On est un peu élève, un peu maître, un peu conseiller pédagogique à la fois… Mais en portant attention, au quotidien, à mon niveau de motivation, à ma vitesse d’apprentissage ou à ma concentration, c’est devenu assez facile de déterminer ce qui fonctionne pour moi. Les difficultés rencontrées (quand même assez relatives) ont orienté mes apprentissages à toutes les étapes du processus.

Par exemple, c’est devenu très évident que les cours magistraux sont loin d’être optimaux pour moi. Des universités réputées de partout dans le monde offrent des vidéos de cours gratuits en ligne, du matériel de grande qualité… mais quand je m’assois devant mon ordi pour regarder ça, après 5 minutes, je me mets à rêvasser, à lire des nouvelles dans un autre onglet, à penser à d’autres projets. Je peux pratiquement visualiser tout le contenu du cours qui rentre par une oreille et sort par l’autre. C’est un peu ce qui m’arrivait quand j’avais des cours de 3 heures à l’université (quoique il n’y avait pas autant de distractions à l’époque), mais sur 5 ans, j’ai quand même réussi à retenir assez de choses pour avoir des diplômes. (Mes vrais apprentissages se faisaient surtout en lisant et en écrivant.) Sauf que là, j’ai juste 5 mois de congé, alors je ne peux pas passer des dizaines d’heures devant mon ordi si je n’en retire rien. Après un faux départ dans un micro-certificat qui ne me tenait pas en haleine, j’ai trouvé un autre programme équivalent, d’une autre grande université, qui convenait mieux à mes besoins : des vidéos de 5 à 10 minutes, suivis de quiz chaque fois, et d’un examen ou de travaux après 5 ou 6 vidéos. Je l’ai terminé! 🙂

Sur Khan Academy, une plateforme (extraordinaire, gratuite et méconnue; je la recommande fortement si vos enfants ont besoin de réviser des apprentissages, ou si vous-même voulez apprendre des choses) qui me sert à apprendre les statistiques, c’est un peu moins pire. Des profs de maths donnent des explications sur un tableau électronique, dans des vidéos de 5 à 15 minutes. Pour résister à la tentation de me perdre dans mes pensées, je mets la vitesse de lecture à 1,5x. C’est un avantage majeur de la technologie! Avouez que vous auriez parfois aimé faire ça au secondaire : choisir la vitesse qui vous convient le mieux pour écouter les explications. Trop facile? Fast-forward! Trop difficile? Un ralenti, ou même un arrêt sur image! (Je me souviens d’une prof de littérature à l’université… super intéressante, mais avec une voix toute douce, un débit très lent et un fort accent : je luttais contre le sommeil tout le long du cours; je l’aurais volontiers mise en fast-forward!) Mais ce que j’aime surtout de cette plateforme, c’est qu’on doit tout de suite mettre en application les connaissances acquises, dans des exercices et des tests. La rétroaction est instantanée et on sait tout de suite si on a bien compris. Au début, en voulant aller trop vite, il m’arrivait trop souvent de mal lire les questions ou les consignes (je faisais ça aussi dans ma jeunesse…) et de donner la mauvaise réponse, et donc de devoir recommencer. J’ai vite corrigé ce mauvais pli parce que je n’ai vraiment pas de temps à perdre!

Sur DataCamp, c’est un peu le même principe, mais avec des exercices de programmation et d’analyse de données. Le ratio vidéo/exercices est peut-être même un peu meilleur pour moi : moins il y a de vidéos, mieux c’est! C’est pour ça que j’adore CodeCademy, une autre plateforme axée sur la programmation et l’analyse, mais avec ZÉRO vidéo. Les notions à apprendre sont présentées dans de très courts textes, mais c’est en se lançant tout de suite dans des travaux pratiques qu’on comprend comment le tout fonctionne. C’est étrangement à la fois très actif et très passif. Si je me lève un matin avec un petit coup de mou, je peux aller sur cette plateforme et être certaine que je vais apprendre des choses pendant la journée, simplement en me laissant guider, parce que cette plateforme me tient captive, en quelque sorte : pas le choix d’obéir aux instructions, sinon il ne se passe rien. Mais j’ai déjà absorbé presque tout le contenu qui m’intéressait sur ce site, alors pour me perfectionner, je dois voler de mes propres ailes…

Ce qui m’amène à la dernière façon d’apprendre, la dernière parce qu’elle vient logiquement après avoir déjà appris quelque chose autrement, mais qui est ma préférée à vrai dire. À ce stade-là, je peux inventer des projets de toute pièce et mobiliser toutes mes ressources mentales pour les mettre en oeuvre. J’en ai fait quelques-uns depuis le début de mon congé, certains même étonnamment tôt, et chaque fois, j’étais profondément absorbée par le défi. C’est très motivant de me sentir capable de récupérer l’information qui a été ingérée depuis le début de la formation, mais aussi très stimulant de faire face à des problèmes et de les résoudre. Et contrairement aux longs vidéos dont je ne retiens presque rien, quand j’ai vraiment les mains dedans, je peux pratiquement voir l’information aller s’inscrire de façon permanente dans ma tête. On appelle ça l’apprentissage kinesthétique, learning by doing. Je ne connaissais pas le terme avant de tomber sur cet article intéressant peu après avoir commencé à réfléchir sur ce sujet. Aussi, une fidèle lectrice de ce blogue m’a envoyé cet article après mon dernier billet : ça parle d’un gars qui a fait un bacc. non officiel du MIT en un an, grâce aux ressources en ligne distribuées gratuitement par l’université. Le gars est vraiment plus intense (et moins intuitif) que moi, mais au final, l’idée est un peu la même : des fois, après avoir fait des mauvais choix, c’est possible de corriger le tir en tirant le meilleur parti de nos propres ressources, et en trouvant dans le merveilleux monde d’Internet les ressources qui y correspondent le mieux. J’aurais aimé ça m’en rendre compte plus tôt, mais mieux vaut tard que jamais!

Sur ce, bonne fin de semaine à vous tous!

Une réflexion sur “Apprendre

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