Les appareils intelligents, souvent, ça m’énerve. De façon générale, je trouve que plus on fait appel à une intelligence qui n’est pas la nôtre, plus on devient niaiseux. Évidemment, je peux reconnaître qu’il y a des fonctions très utiles dans tout ça : déposer un chèque ou virer de l’argent sans mettre les pieds à la banque, c’est merveilleux. (Je pensais faire une liste avec plus d’un élément, mais je viens de regarder les applications de mon téléphone, et c’est vraiment la seule affaire que je trouve extraordinaire; j’ai un rapport amour-haine avec tout le reste.) Quand on me dit que les téléphones intelligents peuvent nous aider à « libérer de la place dans le cerveau pour les choses importantes », je suis très, très sceptique! Je pense plutôt que ça tue à petit feu nos capacités cognitives. Mon chum a toute la misère du monde a se souvenir de mon numéro de téléphone parce qu’il ne l’a jamais composé. C’est vrai que ce n’est pas si utile de se souvenir de numéros par cœur quand on les a toujours à portée de main… mais on n’a pas vraiment trouvé d’autres façons de travailler notre mémoire, il me semble.

Même chose pour l’orientation : pendant longtemps, avant d’avoir un téléphone intelligent, je visualisais et mémorisais le chemin à prendre AVANT de partir, que ce soit à pied, à vélo, ou en voiture, quitte à ressortir une carte (en papier!) en chemin. Comme je suis un peu rétrograde (c’est pas vrai, j’aime la technologie… je suis juste, disons, un peu réfractaire à certains types de changement), je continue de le faire, particulièrement en voyage. Ça énerve mon chum, qui pense qu’on se rendrait tellement plus vite au prochain endroit en suivant un téléphone… mais ça rend la route tellement plus agréable! C’est pas le nez dans un iPhone qu’on découvre la beauté ni l’étrangeté d’une ville étrangère! Le regard tourné vers l’extérieur, on découvre beaucoup plus vite tous les indices qui sont disséminés à même le mobilier urbain de certaines villes à l’intention des touristes pour qu’ils s’y retrouvent, d’ailleurs. Et sinon, on peut même PARLER À DES GENS! Mais clairement, trouver sa route est un art qui se perd.

Par ailleurs, je deviens particulièrement enragée quand le recours à l’intelligence artificielle m’est imposé. Dans une vidéo d’introduction à la science des données, on présentait l’exemple de Netflix, qui analyse nos visionnements (entre autres données qu’on leur donne), fait des déductions, compare avec d’autres profils d’utilisateurs, puis nous propose du contenu qui sera bon pour nous. J’haïs ça me faire dire ce qui est bon pour moi, et c’est vrai pour toutes les maudites plateformes de divertissement en ligne! Mettons que j’ai le goût de regarder un film québécois sorti après 2000, je peux même pas entrer ces deux critères on ne peut plus simples pour trouver facilement ce que je cherche, nulle part. Déjà qu’il n’y a pas beaucoup de contenu local, et que ça aussi, c’est très déplorable, il n’y a même pas moyen de le trouver avec des stratégies de recherche intelligentes, parce que tout est en place pour que l’algorithme décide à ta place!

Et si on parle des objets connectés, qui peuvent nous donner toutes sortes de données physiologiques… A-t-on vraiment besoin de connaître notre rythme cardiaque pour savoir qu’on a sué sa vie la langue à terre? De compter les heures de sommeil pour savoir si on est fatigué ou pas? D’additionner les pas pour savoir si on bouge assez, les calories au cas où on mangerait trop/pas assez? La plupart du temps, pour le commun des mortels, je trouve que c’est du gros niaisage. Tu veux te pousser à l’entraînement? Pousse. Tu veux bien manger? Mange bien, ton corps te le dit quand c’est trop ou pas assez. (Une fois, dans la vingtaine, je suis allée voir une nutrionniste pour mieux manger. J’avais aucun problème de santé ni de poids relié à ça, juste un léger problème de self-control, et je ne mangeais pas mes 5 à 10 portions de fruits et légumes par jour. Elle ne comprenait pas vraiment ce que je voulais, alors je lui ai dit que j’espérais avoir peut-être un menu, des recettes, des recommandations pour avoir une alimentation plus équilibrée… Sa réponse : « Ben, je pense que tu les connais déjà, les principes de base d’une alimentation équilibrée. » Bon point, même si apparemment, le guide alimentaire de l’époque, c’tait d’la marde!) Donc à part pour les athlètes d’élite et pour les personnes vulnérables, je peux pas dire que je trippe sur l’idée que TOUT, autour de nous, recueille des données, auxquelles le sportif amateur ou la personne qui veut optimiser je-ne-sais-trop quel aspect de sa vie s’abreuve gaiement, mais pas aussi gaiement que les compagnies auxquelles on donne constamment nos données.

Parce que les données, il paraît que c’est la vache à lait du 21e siècle. Je manque de perspective pour vous dire si c’est vrai ou pas, mais je peux vous assurer que les compagnies ramassent un char pis une barge de données sur vous, tous les jours. Une fois, je cherchais quelque chose sur Google Maps, et j’ai été intriguée par le lien « Vos trajets ». Quand j’ai cliqué dessus, j’ai vu tous les endroits où j’avais été depuis que je possédais un téléphone intelligent (janvier 2016, je pense). À la minute près. Pis pas des vagues coordonnées latitudinales et longitudinales en degrés et en minutes… les adresses exactes. Rendue là, j’aurais même pas été étonnée que ça me dise qui se trouvait là avec moi (ça, c’est Facebook qui fait ça; récemment, j’ai croisé une vague connaissance au Conservatoire, le lendemain, FB me demandait si je voulais être son amie…). Évidemment, je me suis empressée de désactiver la localisation, ainsi que la sournoise application qui est censée faire baisser mes primes d’assurance auto en analysant la qualité de mes virages et mon respect des limites de vitesse. De toute façon, je conduis pas vraiment bien, alors ça me donnerait pas grand-chose d’avoir un mouchard à bord…

Le temps file, je me suis un peu égarée… Au prochain épisode, je vous explique pourquoi, malgré tout ce que je viens de dire, je pense quand même que c’est une bonne idée que j’étudie la science des données! D’ici là, donnez vos données avec prudence!

3 réflexions sur “Les données, qu’ossa donne?

  1. Très intéressant et amusant ton article, on s’y reconnait! Nous devenons effectivement paresseux avec ces appareils… j’ai presque totalement perdu le réflexe de regarder une mappe (sur internet bien sûr…) avant de me rendre à un nouvel endroit, gracieuseté du GPS sur mon iPhone… et en de perdre toute confidentialité, la localisation gruge énormément de batterie! Commentaire d’un technicien en informatique qui n’a rien à voir avec l’aspect « sociologique » de ton article.

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  2. Quelle belle phrase : «C’est pas le nez dans un iPhone qu’on découvre la beauté ni l’étrangeté d’une ville étrangère!». Wow !

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