C’est en secondaire 4 que s’est présentée, pour la première fois, la possibilité de choisir des cours optionnels. Comme j’étais dans un programme musique-études, nous pouvions en choisir seulement deux, contre trois pour les élèves du régulier. Du haut de mes 14 ans, j’étais convaincue que la musique serait mon métier. Avec le recul, ça me semble assez farfelu, mais c’était aussi l’année de mon entrée dans l’Orchestre symphonique des jeunes de Montréal (aussi connu sous le nom d’OSJM), sans doute un moment marquant de ma jeune vie, et ma sœur aînée entamait ses études de cégep en musique, ça avait l’air ben le fun. Le DEC en musique n’ayant aucun prérequis, sinon que de jouer de la musique comme du monde, je pouvais bien choisir ce que je voulais. J’ai donc choisi physique et informatique.

Évidemment, on ne choisit pas des cours optionnels en physique et en informatique pour le pur plaisir sans trahir un intérêt certain pour la science… Mais clairement, mon esprit scientifique a abandonné mon corps au moment où j’ai arrêté mon choix : si j’avais appliqué ne serait-ce qu’un peu de logique à la chose, j’aurais choisi les deux cours (chimie-physique, le combo de tout bon nerd) qui maintenaient la possibilité de poursuivre des études en sciences advenant un changement de cap. Supposons que mon intérêt marqué pour l’informatique aurait éventuellement influencé mon choix de programme universitaire : c’est quand même plus facile d’être acceptée en informatique à l’université avec un DEC en sciences qu’avec un DEC en musique! Et pour avoir un DEC en sciences, ça prend d’abord les cours de chimie et de physique. Mais moi, à long terme, je voulais faire de la musique, et à court terme, un cours d’informatique. Allez comprendre.

N’allez pas croire que mes parents ne s’en sont pas mêlés! Ma mère, qui me voyait devenir informaticienne, m’a mise en garde, comme il se doit, avec tous les arguments logiques que je n’ai pas écoutés. C’est sûrement un bon moment pour demander pardon à mes saints parents, qui ont dû composer avec les conséquences de mes choix irréfléchis même s’ils ont fait tout ce qu’ils pouvaient pour éviter que je les fasse…

Je commence donc ma dernière année au secondaire. Septembre et octobre passent, puis novembre arrive. C’est seulement là que j’apprends (il me semble que c’était à l’église Saint-Jean-Baptiste, où nous devions présenter un concert… mais un concert à SJB en novembre? bizarre…) l’existence du « DEC intégré » : un programme enrichi qui combine sciences, lettres et arts. Soudainement, ma curiosité se réveille de nouveau : je me dis que je pourrais joindre l’utile à l’agréable et manger à tous les râteliers du savoir. Mais évidemment, pour être admis dans ce programme, il faut avoir suivi le cours Chimie 534. Et la date limite pour changer de cours optionnels est passée depuis quelques semaines déjà (de mémoire, il me semble que c’était vers le début d’octobre). Oups!

Ainsi donc, je me rends au bureau de la directrice pour lui faire part de mon désir de changer de cours même si la date limite est dépassée. Mes arguments sont tout prêts : j’ai seulement quelques semaines de retard, et je serai capable de rattraper le temps perdu en mettant les bouchées doubles; mes notes irréprochables en font foi. La directrice ne veut toutefois rien entendre : la date limite est passée, et on ne fait pas d’exception, sinon on va être obligés de faire plein d’exceptions et la prochaine chose qu’on sait c’est que l’exception devient la règle et blablabla! Honnêtement, je ne pense pas que la demande soit très forte pour changer de cours 3 mois après le début de l’année… mais je ne voudrais pas non plus avoir l’air de penser que les règles s’appliquent à tout le monde sauf à moi… N’empêche, dans ce cas-ci, une judicieuse exception aurait pu permettre à une ado, pleine de potentiel malgré ses mauvais choix, de poursuivre ses études au cégep sans se fermer une tonne de portes. Disons-le, le prix à payer était quasi-nul pour l’école, à part la crainte de voir une invraisemblable épidémie de demandes de changement de cours. Mais la vilaine directrice était catégorique : c’était mon problème si j’avais fait un mauvais choix. Je suis sortie de son bureau en claquant la porte et je suis allée bouder à la bibliothèque plutôt que de retourner à mon cours. Je pense que toute ma crise d’adolescence s’est jouée dans cet instant!

De retour à la maison, j’annonce la nouvelle à mes parents. Ma mère, outrée, se dit « c’est pas vrai qu’une directrice bornée va gâcher l’avenir d’une de mes filles ». C’était toujours un peu risqué pour quiconque, professeurs ou directeurs, de s’exposer aux critiques de ma mère… Contredisez (hors-sujet : comment ça se fait qu’on dit « vous dites », mais « vous contredisez »?!?) cette spécialiste de la mesure-évaluation à vos risques et périls! Dans son for intérieur, elle doit aussi se dire « J’avais-tu besoin de ça?!? Je lui avais dit de prendre chimie-physique. », ce qui ne l’empêche pas toutefois de se mettre en mode solution. S’ensuivent quelques démarches infructueuses auprès de la méchante directrice, puis de la commission scolaire. Forcée de sortir l’artillerie lourde, elle met la main sur un règlement en vigueur qui dit à peu près ceci : si un élève démontre qu’il est compétent dans une matière, il a le droit d’être inscrit aux examens finaux dans cette matière. Règlement aussitôt porté à l’attention de la commission scolaire. J’imagine que ça s’appliquait plutôt dans un contexte de homeschooling, mais rien ne semblait empêcher cette règle de s’appliquer pour un élève qui fait simplement de mauvais choix.

La réponse de la commission scolaire se fait attendre, mais par un beau mardi d’hiver, on reçoit la réponse, « positive » : on me convie à un test qui portera sur toute la matière couverte par mes camarades depuis le début de l’année scolaire… dans 3 jours! Précisons qu’à ce stade-ci, on est rendus au moins en janvier, peut-être même début février… et comme je n’ai jamais été du genre à dépenser de l’énergie en vue de quelque chose qui pourrait bien ne pas arriver, je n’ai encore rien appris sur la chimie! Qu’à cela ne tienne, on établit un plan d’action : le lendemain, j’irai à l’école pour emprunter un livre de chimie à un ami, et le surlendemain, je raterai une journée d’école pour étudier. Ce qui fut fait.

Le vendredi, je me rends donc à la commission scolaire avec mon père pour faire le test. J’ai moins confiance en moi et un peu plus peur des conséquences que d’habitude, mais il me semble que ça ne se passe pas trop mal. Une ou deux semaines plus tard, mon père vient me chercher à l’école : « J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle, mais je vais commencer par la bonne sinon ç’a pas rapport. T’as réussi l’examen de chimie. 85 %. » High-five, gros sentiment de satisfaction d’avoir confondu les sceptiques… mais mon envie de fanfaronner disparaît bien vite. « La mauvaise nouvelle, c’est que tu dois faire un examen de labo lundi matin. » Commencez-vous à sentir toute la mauvaise foi de la commission scolaire ici? J’ai déjà manqué une journée et demie d’école pour l’examen, ma mère a dû passer beaucoup de temps à faire des démarches, mon père a dû s’absenter de son travail pour m’amener à un examen… examen que j’ai réussi, non pas par la peau du cul, mais haut la main! Mais ce n’est pas encore assez! J’ai maintenant quatre jours, dont trois où je dois aller à Québec faire un concert avec l’OSJM et les Rhapsodes (il me semble qu’on avait joué Carmina Burana, que je rejoue ces jours-ci!), pour me préparer à un examen de laboratoire sans aucun matériel pertinent. « T’essaieras d’étudier un peu dans l’autobus. »

Le lundi matin, je me rends (avec mon père, encore) dans une autre école de la commission scolaire; une prof m’accueille dans sa classe, et je regarde le matériel avec des gros points d’interrogation dans les yeux! Je gosse de quoi avec le peu de connaissances que j’ai. Je regarde un peu autour de moi voir ce que les autres font avec les divers objets. J’essaie d’écrire des choses intelligentes dans mon protocole en espérant que ça compte un peu. Je détermine, un peu « au feeling » et avec des manœuvres maladroites, la sorte de gaz à identifier. Quand mon père vient me chercher, je me pète un peu moins les bretelles que précédemment… mais le verdict tombe la semaine suivante : 65 %. Pas de quoi parader, mais l’objectif est atteint, et honnêtement, je n’ai jamais été aussi satisfaite d’une mauvaise note que cette fois-là. Après tout, j’allais là avec quelques heures d’étude derrière la cravate, équipée seulement de mon sens de la déduction!

À court de bâtons à nous mettre dans les roues, la commission scolaire s’est donc résignée à ce que je sois inscrite à l’examen de fin d’année, théorie et labo, juste à temps pour que je puisse envoyer ma demande d’admission au DEC intégré, avec un petit astérisque pour dire « ça paraît pas dans mon bulletin, mais je fais mon cours de chimie en privé ». Un dimanche sur deux, j’avais un cours d’une heure et demie avec une connaissance de ma mère. Ma lettre de réponse est revenue avec un autre astérisque : « On te prend, mais juste si tu réussis ton examen de chimie. »

Ce qui fut fait. 97 % à l’examen théorique. Un peu moins glorieux au labo : 69 %. N’empêche, il m’est venu une envie d’encadrer mon bulletin et de l’envoyer à la directrice, mais je me suis contentée de lui faire une poignée de main très molle et un air bête lorsqu’elle m’a remis mon diplôme.

En fin de compte, tout est bien qui finit bien (mais il y aura d’autres rebondissements, je n’étais pas au bout de mes peines!), j’ai été officiellement admise dans un programme de cégep plein de promesses! Mais les jeunes, rappelez-vous ceci : écoutez les conseils avisés de l’autorité parentale compétente au lieu de prendre des décisions de marde avec votre cerveau qui n’est pas arrivé à maturité. Tout ceci était évitable.

Au prochain épisode de la saga : la fois où j’ai lâché mon programme de cégep sans vraiment réfléchir.

4 réflexions sur “La saga des mauvais choix, ép. 1 – Chimie 534

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