La saga des mauvais choix commence avec des choix qui 1) ne sont pas les miens ; 2) ne sont pas mauvais. C’est une bonne occasion de mentionner que je n’ai pas du tout l’intention, dans ce blogue, de faire porter le blâme à qui que ce soit pour mes mauvais choix, dont j’assume l’entière responsabilité ! Mais j’aime bien donner un peu de contexte (même si, honnêtement, j’aurais pu résumer ça en une phrase !) pour expliquer en partie pourquoi les premiers choix que j’ai faits moi-même ont eu un genre d’effet domino… En même temps, ça me permet de réfléchir tout haut aux choix qu’on fait pour nos enfants. D’ailleurs, je vais commencer par faire l’inventaire de toutes les façons dont « j’oriente » les choix de mes enfants :

  • Mes filles sont encouragées à faire de la musique, mais pas à jouer du saxophone, sous peine d’être déshéritées. Ni du violon par ailleurs, je trouve que c’est peu ergonomique. Et plutôt agressant, à vrai dire.
  • Je verrais d’un mauvais œil que mes filles fassent du ballet, même si la plus jeune danse parfois avec une telle intensité (et un sérieux attendrissant) qu’elle finit par faire une crise d’asthme. J’aurais peur que ça les rende anorexiques. Je leur souhaite quand même de savoir danser mieux que moi un jour. (Cessons de nier l’évidence : elles dansent déjà mieux que moi.)
  • Je ne propose jamais à mes filles de participer à un sport d’équipe organisé, parce que je n’ai envie ni d’aller à l’aréna alors qu’il fait encore noir l’hiver, ni de les reconduire au parc l’été, même s’il fait déjà clair à 6 h.
  • Je redoute même qu’elles participent à des activités qui pourraient sembler acceptables, par exemple l’escalade intérieure, de peur qu’à 20 ans, elles aient envie de faire du vélo sur un fil de fer au-dessus d’un canyon, ou des choses du genre. Une pente glissante, au même titre le petit joint qui mène tout droit à l’enfer de la drogue !
  • Finalement, ma charge mentale et moi préférerions nettement que mes deux enfants s’adonnent aux mêmes activités en même temps. J’ai trop de loisirs pour avoir des enfants qui ont trop de loisirs !

On dénote deux tendances ici. Premièrement, on dit souvent que « la pomme n’est pas tombée loin de l’arbre », mais dans le fond, ce n’est pas peut-être pas tant à cause de la génétique ou de caractères innés, mais plutôt parce que comme parent, on présente souvent à nos enfants, consciemment ou pas, ce qu’on aime ou ce qu’on connaît. J’admets qu’en relisant ma liste, je me trouve légèrement contrôlante… mais on le fait tous, avouez, même si ça ne fonctionne pas tout le temps ! Je ne peux pas nier que je ressentais une certaine satisfaction quand l’aînée me disait que son chanteur préféré, c’était Georges Brassens… mais malheureusement, avec les influences de l’école, j’ai déjà perdu le contrôle là-dessus. Et maintenant, je suis prise pour entendre ma progéniture chanter à tue-tête des trucs horribles, comme Kids United. Mais bon, à vrai dire, si mes filles insistaient beaucoup pour poursuivre une passion qui m’horripile, j’imagine que je finirais par céder.

Deuxièmement, je pense que tout parent ayant un horaire chargé apprécierait, pour des raisons purement logistiques, que ses enfants soient, ne serait-ce qu’un peu, du même moule… Pour lâcher prise là-dessus, ça aide de réaliser que de toute façon, l’idée de « streamliner » le parascolaire est souvent vouée à l’échec. À moins de les avoir eus dans une seule portée, vos enfants ne seront jamais du même âge, seront rarement du même niveau, et dans la plupart des cas, ils auront une personnalité unique ! (N’hésitez pas à me raconter vos faits vécus sur le sujet. Tout le monde a une opinion là-dessus, j’en suis sûre, à moins peut-être d’être enfant unique et de ne pas vouloir d’enfant !)

Mes parents en connaissent un rayon là-dessus : jeunes, mes sœurs et moi faisions toutes les trois de la musique. Et pourtant leur vie n’était pas simple, même si la musique était à moitié intégrée à notre curriculum scolaire dès la troisième année. L’écart d’âge a fait en sorte que nous allions toujours à au moins deux écoles différentes. L’aînée et moi jouions des mêmes instruments, violon et piano, mais avions des professeures de violon différentes au secondaire. La plus jeune, fantaisiste ou rebelle, a décidé de jouer plutôt du violoncelle et du piano. Au Conservatoire que nous fréquentions toutes les trois, nous étions aussi dans deux classes de piano différentes. Imaginez un peu le nombre de déplacements dans une semaine « typique », et la quantité de concerts auxquels mes parents assistaient dans une année ! De toute notre vie, il y a un seul concert où nous avons joué les trois ensemble… et nous étions dans la trentaine. S’ils avaient voulu se simplifier la vie en se disant que ce qui était bon pour la plus grande serait bon pour les deux autres, c’eut été raté ! Mais de toute façon, je ne pense pas que leur intention était telle… L’idée était plutôt de toutes nous envoyer dans l’excellent programme de musique de l’école publique primaire de la petite ville de banlieue où on habitait. Assez irréfutable comme argument, si vous voulez mon avis. Je peine à imaginer un contexte où ce serait une mauvaise idée qu’un enfant apprenne la musique.

Bref, en général, la vie se charge de nous rappeler que si, d’un point de vue logistique, le one-size-fits-all a ses avantages, on finit quand même toujours par devoir s’adapter aux particularités de chaque enfant. SI l’enfant a des particularités. Dans mon cas, je pense que ma « particularité » comme enfant, c’était de n’avoir aucune conscience de mes particularités, d’être un peu caméléon : j’accomplissais les choses avec succès, sans vraiment remettre en question ce qu’on me proposait. Si la recette fonctionne, pourquoi la changer ? En tout cas, au final, même si la « pondération » n’était pas parfaitement calibrée, on m’a quand même proposé beaucoup de choses qui avaient ben de l’allure. Et plus tard, j’ai découvert d’autres loisirs par moi-même, que j’ai encore toute la vie devant moi pour pratiquer.

Passons vite sur la période 0-14 ans… avec quand même quelques détails inutiles (et peut-être même inexacts) ! Ma mère, pédagogue dans l’âme, a interrompu sa carrière (en enseignement) pendant quelques années lorsqu’elle nous a mises au monde. Pour passer le temps, et parce qu’il y avait sans doute de la curiosité à nourrir, elle nous a appris à lire et à écrire à la maison. Si bien qu’après une maternelle sans histoire, ma sœur aînée est entrée en première année avec pas mal toutes les compétences qu’elle devait acquérir en cours d’année. Certains profs s’en seraient réjouis. D’ailleurs, souvent, quand il est question du système d’éducation actuel à trois vitesses (privé, public à vocation particulière, public régulier), certains se désolent que les meilleurs éléments délaissent systématiquement le secteur régulier, où ils auraient pu « tirer les autres vers le haut »… On pourrait donc penser qu’une prof se réjouirait d’avoir une élève allumée… mais pas celle-là ! Quand je pense à cette personne (que je n’ai probablement jamais vue), j’imagine la face de Snape/Rogue quand Hermione Granger est la seule à vouloir répondre à une question.

La prof a donc rapidement fait savoir au directeur qu’elle ne voulait pas d’une enfant qui savait déjà lire dans sa classe, et après quelques démarches, ma sœur a poursuivi ses apprentissages en deuxième année. L’année suivante, j’entrais moi-même en maternelle. Vers la fin de l’année scolaire, le directeur, que je félicite pour sa prévoyance, a appelé mes parents pour savoir si j’étais faite du même bois. La réponse étant affirmative, on m’a invitée à passer un test, qui est d’ailleurs un de mes souvenirs les plus clairs de la petite enfance. Il fallait entre autres que j’écrive un court texte sur un robot qui venait nous garder à la maison. J’avais eu ben de la misère avec le mot « maison », justement. La prof qui corrigeait me l’avait fait reprendre trois fois, sans succès, avant de laisser tomber parce que tout le reste était bien écrit de toute façon.

Alors moi aussi, j’ai sauté ma première année. Et après, partout où ma sœur est allée ou presque, j’y suis allée (et ma plus jeune sœur aussi, qui a dû se faire appeler par son vrai prénom moins de 33 % du temps, même si elle essayait d’être différente !). Les cours de piano. Le programme musical (violon-flûte à bec) dès la 3e année. (Le ballet, quand même, j’ai dit non : on voit que j’ai quand même de la suite dans les idées ! J’ai plutôt essayé la gymnastique, mais j’étais le mouton noir du groupe : j’avais un maillot différent et je n’ai jamais réussi à faire la roue. La honte !!! Puis, je me suis fait une entorse à la cheville et je n’y suis plus jamais retournée.)  Le conservatoire à 10 ans. Le programme musical à l’école secondaire, à Montréal. Un cheminement de luxe dans le système public, je dois dire. Je serais bien ingrate de me plaindre !

Bon, ce prologue a assez duré. La suite sera plus divertissante ! Voici les seules choses qu’il fallait savoir pour comprendre la suite :

  • J’ai toujours été plus jeune que tout le monde de ma classe à l’école.
  • J’ai fait beaucoup de musique jusqu’à la fin de l’adolescence.
  • Un peu pour la première raison, un peu pour la deuxième, j’étais une enfant plutôt introvertie.
  • En secondaire 4, j’avais 14 ans.

Au prochain épisode de la saga, ça va décoller : CHIMIE 534.

5 réflexions sur “La saga des mauvais choix — Prologue

  1. Vraiment Véronique, j’adore te lire! Arrête de dire que tu t’égares dans les détails…ce sont les détails qui sont les plus intéressants!

    Grosses bises xxx

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  2. Est-ce qu’on a le droit d’essayer de deviner le punch du prochain billet?
    Tu avais beau t’intéresser aux sciences, tu le savais et le reconnaissais seulement vaguement; tu étais une artissssse; jamais la science ne serait reine? Genre, on eût pu dire que le sentiment dominant était que continuer à faire quelque chose que tu avais toujours fait (de la musique) était moins menaçant que de te lancer dans du moins connu, faisant en sorte qu’une légère paresse intellectuelle adolescente semi-déguisée en a profité pour s’immiscer dans ton parcours, tout pour que continuer à étudier la musique soit la seule vraie option à tes yeux? Malgré un certain intérêt pour CHIMIE 534? Est-ce que j’ai deviné pas pire?

    C’est stressant suivre tes périples!!

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  3. j’adore te lire Véronique. Tu peux remplacer dans ma vie le mot musique par « sport » et tant dans ce blogue que le prochain (que j’ai déjà lu en rafale..), je m’identifie à plusieurs de tes épisodes. Mot que je retiens le plus: « caméléon » .
    Bien apprécié et ri lorsque tu indiques qu’en tant que parent, effectivement, on se plante royalement en pensant se simplifier la vie si nos enfants font le même loisir… erreur…. erreur totale! pas de solution magique 🙂 A part pour le ski remarque

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  4. J’apprécie beaucoup tes blogues Véro qui me rejoint beaucoup! Surtout le mot « Caméléon ». Très approprié. Dans mon cas toutefois, remplace « musique » par « sport » 🙂
    Bien ri aussi lorsque tu indiques que les parents se plantent royalement en pensant inscrire leurs enfants dans le même sport pour se simplifier la vie… haha.. je confirme (sauf en ski peut-être le tiers du temps)
    🙂

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