L’an dernier, à peu près à pareille date, j’ai vécu quelques journées très spéciales « au bureau »… Plutôt que de me livrer à mes traductions habituelles, je suis allée à Toronto pour participer au talent show de la banque. L’ensemble de la patente a été toute une aventure, et je vais vous en raconter tous les cocasses rebondissements, sous prétexte qu’il y a un lien avec ma réorientation!

Tout a commencé vers la fin du printemps, au moment où j’ai dû traduire une communication interne annonçant l’événement. Des talent shows régionaux avaient déjà eu lieu localement par le passé, mais pour la première fois, la banque organisait un concours national, pour mousser la campagne annuelle de dons des employés pour Centraide. Et le spectacle était prévu à Roy Thomson Hall, une des plus belles salles de concert de Toronto.

J’avais déjà renoué avec la scène quelques mois plus tôt (après de très nombreuses années à ne pas faire de concerts au piano), justement à la faveur d’un des spectacles régionaux… Ma performance avait été filmée; ça adonnait bien, parce que la première étape pour le concours national consistait à envoyer une vidéo. Facile! En plus, comme j’avais eu accès à toute l’information avant qu’elle soit rendue publique, j’avais une longueur d’avance sur tout le monde!

Par contre, j’ai un peu déchanté quand j’ai lu le reste du règlement : essentiellement, il ne suffisait pas de faire étalage d’un quelconque talent, il fallait aussi remporter un concours de popularité… Les vidéos allaient être soumis au vote du personnel, dans l’intranet, et 10 artistes seraient choisis par un jury parmi les 20 plus populaires. J’ai failli abandonner drette-là parce que les concours de popularité, c’est vraiment pas mon genre… Mais en même temps, l’occasion d’aller faire un concert à Toronto au lieu de passer mes journées derrière un écran d’ordi ne se présente pas souvent, alors j’ai pris le taureau par les cornes et j’ai abusé des listes de diffusion internes pour encourager les gens à voter pour moi. Dans le fond, vous le savez, j’aime ça écrire, alors j’ai juste joint l’utile à l’agréable, promettant au passage des traductions ultra-rapides de qualité! J’ai gagné beaucoup d’appuis avec mon autodérision débordante. Un exemple :

I left [music school] mostly because I couldn’t picture myself moving my fingers on a keyboard 8 hours a day for a lifetime, so often alone…

Une fille qui rit quand même un peu jaune derrière son clavier d’ordi

Ai-je déjà mentionné qu’on manque parfois de perspective quand on est jeune? En tout cas, ma stratégie d’autopromotion ostentatoire a porté fruit, même si ma campagne a complètement stagné après quelques jours : j’ai réussi à me maintenir dans le top 5 jusqu’au dernier jour. Après, il ne restait plus qu’à me croiser les doigts et à espérer que mes skills de pianiste suffisent. Mais j’étais confiante : il n’y avait pas d’autre pianiste, personne même qui jouait de la musique classique, et surtout personne d’autre du Québec… Mes chances étaient bonnes!

Quelques semaines plus tard, j’ai reçu la confirmation de ma participation au spectacle. Il me restait un gros mois pour m’y préparer. J’avais choisi l’Étude révolutionnaire de Chopin… Chaque semaine, je passais proche de changer de programme. Mais comme il fallait que ça dure moins de 5 minutes, je n’avais pas énormément de choix. Finalement, j’ai décidé de jouer d’abord l’Aria des Variations Goldberg de Bach, principalement pour me calmer les nerfs avant de jouer l’étude. Du Bach, moi je trouve ça super winner, mais je dois avouer que des fois, dans un talent show, ça s’insère mal entre du rap et de la bachata. Qu’à cela ne tienne, ce n’est pas tous les jours que j’ai la chance de jouer à Roy Thomson Hall, alors j’ai décidé que j’allais jouer ce qui me plaît! Donc Bach suivi de Chopin.

Ainsi donc, le lundi qui suivait le jour du Souvenir, je m’envole pour Toronto. Living the dream!!! Le spectacle a lieu le mardi, mais nous sommes attendus d’avance pour quelques activités d’acclimatation. Arrivée tôt à l’aéroport du centre-ville, je pars à pied et me promène plusieurs heures dans la ville, dégainant mon appareil-photo à tout moment. Le port, le joli petit parc avec une thématique musicale, la tour du CN… jusqu’à temps que je me rende compte qu’il n’y a pas de carte mémoire dans l’appareil!

Option « santé »

Pour dîner, j’ai une réservation dans un petit bistrot qu’on m’avait chaudement recommandé, un endroit tout à fait charmant. Sachant que j’allais plus tard à un 5 à 7 dans un pub où la bouffe ne serait vraisemblablement pas très santé, je me résous à être raisonnable le midi : pas de burger ni de frites ni de poulet frit; j’opte pour l’option végétarienne. Je me trouve très raisonnable de manger de la courge avec des graines de citrouille pour dîner. C’est sans compter que la courge est très frite. Il s’agit sans aucun doute du meilleur repas végétarien que j’ai mangé de ma vie… mais peut-être le plus gras aussi! En tout cas, certainement pas le meilleur pour la santé!

En sortant, je continue de marcher pour favoriser ma digestion, puis je me rends finalement à l’hôtel. Telle une Catherine Dorion, je suis habillée en vêtements « confortables »… Disons que je détonne un peu avec la clientèle de l’hôtel, du monde qui visiblement a beaucoup d’argent. Mais les majordomes me tiennent quand même la porte, alors j’entre dans cet univers étrange et étonnant!

Arrivée à ma chambre, je découvre des chocolats sur mon oreiller. J’haïs pas ça! J’essaie d’ouvrir les rideaux pour découvrir la vue, mais ils me résistent. Je tire plus fort : ça bouge un peu… Jusqu’à temps que je réalise qu’il y a un système automatisé avec une télécommande pour gérer ça et que je suis peut-être en train de tout casser… Mais je referme les rideaux rapidement. Pour être bien en forme pour le lendemain, je décide de faire une petite sieste.

Après la sieste, c’est déjà l’heure du 5 à 7 pour fraterniser avec les autres finalistes et le comité organisateur. C’est tout près, j’y vais à pied. Je rencontre mes comparses : deux sœurs ballerines, un rockeur au cœur tendre, une danseuse indienne, un rappeur, quelques chanteurs et chanteuses de styles que j’ai de la misère à identifier (pop rock? country? ballades?), une chanteuse d’opéra, une autrice-compositrice-interprète… Du bien bon monde, issu de toutes les régions du Canada et de tous les secteurs de la banque. On devine que la diversité sous toutes ses formes a pesé dans le choix des prestations. Encore une fois, je tente d’être raisonnable : une seule consommation d’alcool, et je prends des mini-burgers accompagnés de chou-fleur épicé. Malheureusement, le chou-fleu aussi est frit, alors pour le choix santé, on repassera. On passe un bon moment, mais personne ne s’éternise.

Je reviens donc à l’hôtel quelques heures plus tard, et à ma grande surprise, il y a encore du chocolat sur mon oreiller! La première réaction de mon cerveau, c’est de se dire : « Yé, du chocolat! » Mais après, je réalise que quelqu’un vient refaire le lit chaque fois que je le défais, et je trouve ça un peu creepy! Je m’imagine qu’ils ont un genre de moniteur pour suivre toutes les allées et venues de la clientèle et qu’il y a une personne postée dans le corridor qui n’attend qu’un signal pour aller refaire les lits.

Je décide d’aller profiter du sauna et de la piscine (que j’ai pour moi toute seule) pour aider ma digestion. Après avoir eu maille à partir avec les casiers électroniques (ça me fait réaliser que tout est trop compliqué pour moi dans cet hôtel de luxe), je fais quelques longueurs, puis je trempe un peu dans le bain tourbillon. Je passe encore quelques minutes dans le sauna, puis je remonte à ma chambre. Personne ne semble s’y être introduit pendant ma courte absence. Malheureusement, ça veut dire qu’il n’y a pas de chocolat.

Je ne suis pas au bout de mes peines avec ma chambre à la fine pointe de la technologie… Je voudrais regarder la télé, mais je ne trouve pas la télécommande! Je cherche partout, dans tous les endroits susceptibles de contenir une télécommande… En désespoir de cause, je tape des mains (peut-être que « tape et ça s’allume »!). J’essaie aussi d’ordonner à la télé de s’allumer, sans succès. J’abandonne en me disant que je suis mieux de me coucher de toute façon. Sauf qu’au moment d’adopter une position horizontale, je commence à ne pas me sentir bien du tout. Je me remets à la verticale, ça ne va pas beaucoup mieux. Je ne saurai jamais si c’était à cause de la friture, du stress, d’un virus ou d’une autre raison, mais j’ai encore fini ça en tête-à-tête avec la cuvette (d’une propreté impeccable, au moins!)…

Je finis par m’endormir assez tard, pas top shape. Le lendemain matin, je me réveille l’estomac encore un peu à l’envers, les yeux dans le même trou. Je saute le déjeuner et vais magasiner pour voir si je ne pourrais pas trouver une nouvelle robe pour mon concert. J’en trouve deux, mais ça ne règle pas mon mal de cœur. Je traverse la journée dans un état second, le cœur au bord des lèvres. Malgré tout, la générale se passe bien. On rencontre des hauts dirigeants de la banque, qui animent et jugent le spectacle. L’ambiance est très bon enfant… Après, mes parents et mon chum me rejoignent pour un souper rapide.

Honnêtement, les souvenirs que j’ai du spectacle lui-même sont assez vagues. Ça s’est passé très, très vite, et ce n’était probablement pas ma performance la plus passionnée… Mais mon mode pilote automatique est très fiable. Ça n’a pas trop paru que je n’étais pas en très grande forme. Après, une fête était organisée, mais on sentait quand même un peu qu’on était mardi soir.

Le lendemain du spectacle, beaucoup trop tôt, nous étions conviés à une « Career Development Session » . Je me souviens avoir été très sceptique en prenant connaissance de l’invitation du comité organisateur. Pour être honnête, je pensais que c’était un nom de code pour « on va aller à la tour du CN ou un truc du genre ». Je voyais pas trop le rapport de parler de carrière avec des artistes aux rêves brisés déçus de leur job de 9 à 5… Je niaise, personne ne correspondait à mon idée d’artiste aux rêves brisés, mais je ne voyais pas le rapport de parler de carrière du tout. Mais bon, ne voulant pas avoir l’air sauvage, j’y vais, les yeux dans le même trou, espérant qu’il y aurait au moins des viennoiseries et du café (il y en avait).

À ma grande surprise, c’était quand même intéressant. Des gens sont venus nous parler de leur carrière, de la nouvelle plateforme de formation de la banque, et ensuite, on a discuté en petits groupes de nos carrières respectives, de nos aspirations et de nos défis. Sur le coup, je ne pourrais pas dire que ça a changé grand-chose dans ma perception de ma propre carrière, mais je pense que ça m’a fait réaliser, lentement, tranquillement, que c’était à moi d’orchestrer un changement si je n’étais pas satisfaite. Puisque je n’étais pas satisfaite, devrais-je écrire…

De retour à ma day job, je suis allée fouiner du côté de la nouvelle plateforme de formation, à temps perdu. C’est là que j’ai découvert la science des données (je dirais à vue de nez qu’à peu près 90 % du contenu de la plateforme est consacré à ça : ça m’a semblé un bon indicateur de la pertinence de la chose). J’y ai lu, notamment, qu’être scientifique des données, c’est être un peu meilleure en programmation qu’une spécialiste des statistiques, et un peu meilleure en statistiques qu’une spécialiste de la programmation. Bref, pas besoin d’être super calée dans rien! J’exagère, mais j’ai retenu de cette description que c’était un bon emploi pour une personne polyvalente, une généraliste. Et je me suis dit que j’avais la tête de l’emploi. Il ne fallait rien de plus pour que l’idée commence à germer. Il ne restait plus qu’à trouver comment j’allais m’y prendre pour devenir mi-programmeuse, mi-statisticienne. Quelques semaines plus tard, j’établissais les bases du plan que vous connaissez et que je vous raconte depuis presque un an.

Tout ça me fait dire que ma participation à ce talent show, malgré le vomi, est sans aucun doute la chose la plus extraordinaire qui me soit arrivée pendant mes 10 ans à la banque. Pour assouvir votre hypothétique curiosité, voici les deux vidéos de ma prestation. (Le son est un peu poche, j’ai dû gonfler le volume artificiellement parce que la prise de son était faite davantage en fonction du rockeur et d’autres performances fortement amplifiées!)

Une réflexion sur “Une étincelle

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