Je me souviens du cégep comme d’une période où il m’était difficile de sourire. À la fin du secondaire, la veille du concert de fin d’année, et tout juste avant le bal de fin d’études, on m’avait installé « un peu » de quincaillerie dans la bouche. Je n’ai pas été gâtée par la nature, côté dentition : mes canines et mes palettes vivaient carrément sur des étages différents. À défaut de pouvoir les relier par un ascenseur, il fallait trouver le moyen de tout ramener sur le même plan. Mes broches faisaient donc un genre de M; quand je tentais un sourire, ma lèvre supérieure restait prise entre les deux étages. À vrai dire, parler, chanter… tout m’abîmait les babines. Frencher, on n’en parle même pas. À quoi bon sourire si c’est pour se mettre la gueule en lambeaux?

C’est dans cet état d’esprit joyeux que j’ai commencé le DEC intégré, auquel j’ai été admise après quelques tribulations (voir Chimie 534 pour ceux qui auraient du mal à suivre). Sciences, lettres et arts. En parallèle, je poursuivais aussi mes études de piano au Conservatoire, en version allégée : mes cinq années de musique-études à Pierre-Laporte m’avaient déjà permis de me familiariser avec Hildegard von Bingen et l’école de Vienne; j’étais donc exemptée des cours de littérature musicale, et j’avais déjà terminé le programme de solfège.

La grande nouveauté à Rosemère à cette époque, c’était le train qui reliait notre lointaine banlieue à la grande ville. Il ne passait pas souvent, mais me laissait directement dans la cour du cégep. Mes parents étaient sûrement contents que je développe un peu d’autonomie… surtout que ça allait prendre encore une quinzaine d’années avant que j’obtienne mon permis de conduire!

J’avais donc un peu de liberté, du temps… que je n’utilisais pas vraiment à bon escient! Je me souviens que je passais beaucoup de temps à converser avec des inconnus sur ICQ. J’avais même un ami grec (c’était l’année de la tournée en Grèce de l’OSJM, ça m’avait donné le goût d’avoir des amis grecs!), qui s’appelait Nick.

Voici comment j’imaginais Nick:

grec

Voici comment il était peut-être en vrai :

vieux grec

On ne le saura jamais! Une fois, j’étais même allée à un genre de blind date, à Montréal… Heureusement, c’était un vrai jeune homme et non pas un tueur en série ou un prédateur sexuel! Il avait une voiture de luxe, ce qui ne m’impressionnait guère, mais j’avais quand même dit : « T’as donc ben un beau char pour un gars de 20 ans. » Lui de répondre : « C’est parce que ma mère est morte quand j’étais ado. » J’ai comme pas su quoi répondre à ça, on ne s’est plus revus. Je me suis un peu améliorée dans mon intelligence émotionnelle depuis.

Et alors, ce DEC intégré, était-ce à la hauteur de mes attentes? Pouvais-je étancher ma soif de savoir? En réalité, pour la première session, c’était essentiellement un DEC en sciences, avec un cours d’histoire de l’art en plus. Moi qui ne trippe pas tellement sur les arts plastiques, je trouvais que ça manquait nettement de lettres. Aussi, ça manquait de gars : le ratio était de 15 filles pour 1 gars, à peu près. Et les filles étaient… compétitives? Mais d’une façon un peu malsaine, je trouvais. La plupart étaient plongées dans leurs livres, dans une lutte à finir avec leur cote R pour entrer dans un programme hyper contingenté à l’université. Moi qui n’avais AUCUNE drive, j’avais beaucoup de difficulté à développer un sentiment d’appartenance, disons. Ça et ma gueule, ça me donnait pas vraiment le goût de me faire des amis. Mais bon, à part ça, ça fonctionnait : sans trop forcer, je réussissais plutôt bien.

Pas grand-chose à signaler de cette première session. Je me souviens du train qui partait quelque chose comme 2 minutes après la fin de mon cours de chimie. Le prof avait la mauvaise habitude de se mettre à raconter des anecdotes en fin de cours. Comprenez-moi bien, j’aime les anecdotes, mais comme le prochain train était 3 heures plus tard, j’aimais quand même mieux prendre le train. Après tout, c’était vraiment urgent que je revienne à la maison… pour niaiser sur l’ordi. Une fois, le prof avait tellement étiré la sauce que j’avais failli vomir dans le métro tellement j’avais sprinté.

J’ai bien fini par me faire 2-3 amis avec qui je faisais des mauvais coups très candides. Mais un jour, les choses ont légèrement déraillé. Dans le cours de français, nous avions eu une évaluation : il fallait rédiger l’introduction d’une dissertation. J’avais bien compris les critères : sujet amené, sujet posé, sujet divisé. Et comme l’angoisse de la page blanche m’est généralement étrangère, j’avais donc rédigé une introduction bien ficelée, sûre de mon coup. Mais stupeur : la prof m’avait attribué un échec! J’avais osé diviser mon sujet avant de l’avoir amené… Ça ne semble pas très logique, mais je vous jure, ce l’était : j’aimerais pouvoir vous montrer cette belle introduction tout à fait fluide, qui réussissait presque à donner l’envie de lire la suite (non existante)! S’ensuivit une brève et inutile argumentation avec la prof. Outrée qu’elle ne reconnaisse pas que mon intro, bien qu’elle ne respecte pas l’ordre imposé, respectait la logique intrinsèque de ma pensée, aussitôt le cours fini, j’ai décidé que je ne pouvais plus supporter tant de rigidité et je suis allée au secrétariat du Conservatoire pour demande d’être inscrite à temps plein en musique et d’y suivre également la formation générale.

Oui, chers lecteurs, vous avez bien lu : j’ai lâché mon programme de cégep, celui qui devait nourrir ma curiosité et m’ouvrir toutes les portes, parce que je n’étais pas d’accord avec une évaluation qui devait compter pour 5 % de la note finale! Le conservatoire étant une toute petite institution d’enseignement (en nombre d’élèves, pas en qualité d’enseignement), où il est par ailleurs assez mal vu d’étudier autre chose en parallèle, nul besoin d’un rendez-vous pour faire ce petit changement administratif. Rien ni personne, donc, pour m’empêcher de procéder ni pour remettre en question la pertinence de changer de programme pour une petite frustration passagère, sans même dormir une petite nuit là-dessus. Et comme je n’étais pas retournée à la maison entre-temps, mes parents furent placés devant le fait accompli… C’est peut-être seulement aujourd’hui qu’ils en découvrent la vraie raison, d’ailleurs!

Il m’arrive de me demander ce que je serais devenue aujourd’hui si, à ce moment précis, j’avais pris quelques instants pour soupeser mes options, pour relativiser un peu l’insignifiance de la prof, mais surtout de l’évaluation, pour me trouver un but dans la vie, même vague… J’en ferai pas une psychanalyse (quoique, ça pourrait être intéressant…), mais avec le recul, je trouve qu’il n’est pas si facile de déterminer qui, de la prof ou de moi, était le plus rigide! Et cette impulsivité ne me ressemble guère… Enfin, j’étais peut-être déjà un peu trop enfoncée dans la torpeur pour voir que j’allais juste empirer la situation en choisissant de poursuivre mes études collégiales dans un endroit où je ne m’étais JAMAIS sentie à ma place au cours des 6 années précédentes ! Oups!

Ne vous inquiétez pas, chers amis, tout ne sera pas aussi déprimant dans ma saga! Le prochain épisode sera peut-être aussi sombre que les couloirs de l’ancien conservatoire… surtout que je ne peux pas raconter la fois où CENSURECENSURECENSURECENSURE. Mais après, ça s’éclaire, promis! À très bientôt!

4 réflexions sur “La saga des mauvais choix, ép. 2 – DEC désintégré

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